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Les mercredis de Sciences Po au Blanc Mesnil > Conférence du 2 juin 2010  

L'historien et le politique, par Pascal Cauchy

Pascal Cauchy est chargé d'enseignement à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Il a étudié l'histoire et l'historiographie de l'Union soviétique et le militantisme au sein du Parti Communiste français.
Forum - 1-5, place de la Libération - 93150 Blanc-Mesnil - le 2 juin de 18h30 à 20h30, dans le cadre des Mercredis de Sciences Po au Blanc Mesnil

Le Président de la République fait lire la dernière lettre du jeune communiste Guy Môquet dans les écoles. Il cite facilement dans ses discours des propos d’hommes comme Jean Jaurès qu’on verrait plus facilement dans la bouche de ses adversaires. Des parlementaires votent des lois dites « mémorielles ». On sollicite souvent le politique pour qu’il fasse « repentance » de tel ou tel événement passé. Une discipline comme l’histoire serait-elle prise dans les filets du politique ? A quelles fins ? Est-ce bien juste ?

En même temps depuis toujours, l’histoire a entretenu des liens consanguins avec la politique en général et le pouvoir en particulier. A partir du XIXème siècle, la discipline a cherché à intégrer, par ses méthodes, le monde universitaire et de la recherche scientifique jusqu’à devenir récemment « une science humaine » à part entière. Cette évolution a-t-elle prémuni les historiens contre la contagion possible d’un discours au service d’une cause ou d’un pouvoir ? Que faire alors de l’engagement militant d’historiens qui ne sont plus, depuis longtemps, des clercs attachés à la seule discipline, comme mère nourricière ?

Ce détachement est-il même possible dès lors que la mission de l’historien est de donner un sens au passé ? L’historien construit un régime de vérité mais un régime parmi d’autres. Enfin, comment écrire l’histoire « du temps proche », celle qui est à distance de mémoire ? L’administration de la preuve, préalable au récit, qui est au cœur de la déontologie du métier d’historien, ne risque t’elle pas d’être malmenée face à des demandes passionnées, des émotions parfois légitimes d’une opinion publique en quête de sens sur un passé proche qu’elle a de moins en moins en commun ? Que peut alors apporter l’histoire ? On l’a dit, la période récente a été riche en controverses. Les historiens ont perdu une partie de leur sérénité sous la pression de la « demande sociale ». Mais n’est ce pas dans l’ordre des choses, celles des risques du métier ?

Pascal Cauchy

Ancien attaché d’Ambassade, Pascal Cauchy intègre Sciences Po en qualité de responsable pédagogique. Secrétaire général du Centre d’Histoire puis de l’Ecole doctorale de Sciences Po, il est aujourd’hui membre du bureau du Comité français des sciences historiques. Maître de conférences et chercheur en histoire politique contemporaine, il travaille désormais sur les comportements politiques des années 1970.
Dernier ouvrage paru : "L’affaire de Bruay-en-Artois : « il n’y a qu’un bourgeois pour avoir fait ça»,"Paris, Larousse, 2010