L'historien et le politique, par Pascal
Cauchy
Pascal Cauchy est chargé d'enseignement à
l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. Il a étudié
l'histoire et l'historiographie de l'Union soviétique
et le militantisme au sein du Parti Communiste français.
Forum - 1-5, place de la Libération - 93150
Blanc-Mesnil - le 2 juin de 18h30
à 20h30, dans le cadre des Mercredis
de Sciences Po au Blanc Mesnil
Le Président de la République fait lire la
dernière lettre du jeune communiste Guy Môquet
dans les écoles. Il cite facilement dans ses discours
des propos d’hommes comme Jean Jaurès qu’on
verrait plus facilement dans la bouche de ses adversaires.
Des parlementaires votent des lois dites « mémorielles
». On sollicite souvent le politique pour qu’il
fasse « repentance » de tel ou tel événement
passé. Une discipline comme l’histoire
serait-elle prise dans les filets du politique ? A quelles
fins ? Est-ce bien juste ?
En même temps depuis toujours, l’histoire
a entretenu des liens consanguins avec la politique en général
et le pouvoir en particulier. A partir du XIXème
siècle, la discipline a cherché à intégrer,
par ses méthodes, le monde universitaire et de la
recherche scientifique jusqu’à devenir récemment
« une science humaine » à part entière.
Cette évolution a-t-elle prémuni les historiens
contre la contagion possible d’un discours au service
d’une cause ou d’un pouvoir ? Que faire alors
de l’engagement militant d’historiens qui ne
sont plus, depuis longtemps, des clercs attachés
à la seule discipline, comme mère nourricière
?
Ce détachement est-il même possible dès
lors que la mission de l’historien est de donner un
sens au passé ? L’historien construit un régime
de vérité mais un régime parmi d’autres.
Enfin, comment écrire l’histoire « du
temps proche », celle qui est à distance de
mémoire ? L’administration de la preuve, préalable
au récit, qui est au cœur de la déontologie
du métier d’historien, ne risque t’elle
pas d’être malmenée face à des
demandes passionnées, des émotions parfois
légitimes d’une opinion publique en quête
de sens sur un passé proche qu’elle a de moins
en moins en commun ? Que peut alors apporter l’histoire
? On l’a dit, la période récente
a été riche en controverses. Les historiens
ont perdu une partie de leur sérénité
sous la pression de la « demande sociale ».
Mais n’est ce pas dans l’ordre des choses, celles
des risques du métier ?
Pascal Cauchy
Ancien attaché d’Ambassade, Pascal Cauchy
intègre Sciences Po en qualité de responsable
pédagogique. Secrétaire général
du Centre d’Histoire puis de l’Ecole doctorale
de Sciences Po, il est aujourd’hui membre du bureau
du Comité français des sciences historiques.
Maître de conférences et chercheur en histoire
politique contemporaine, il travaille désormais sur
les comportements politiques des années 1970.
Dernier ouvrage paru : "L’affaire
de Bruay-en-Artois : « il n’y a qu’un
bourgeois pour avoir fait ça»,"Paris,
Larousse, 2010
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