8. Les Presses de Sciences PoDans son relevé de constatations provisoires, la Cour a consacré à la situation des Presses de Sciences Po un long développement que les autorités exécutives de la F.N.S.P. n'ont pas contesté. La Cour maintient donc son observation précédente et n'en présentera par conséquent ici qu'un bref rappel. La situation financière n'est pas satisfaisante. Avec un compte de résultat équilibré et un fonds de roulement et une trésorerie confortables, les Presses de Sciences Po peuvent donner le sentiment d'une entreprise économiquement saine. En réalité, l'exploitation est structurellement et largement déficitaire. Les comptes ne sont en effet équilibrés que grâce au versement d'une subvention annuelle par la fondation. En outre, celle-ci prend directement à sa charge la moitié du personnel des presses. Depuis 1996, on constate la quasi-stabilité des résultats : les presses coûtent chaque année entre 5 et 6 MF à la F.N.S.P., soit un peu plus que leur chiffre d'affaires. Sous réserve de l'achèvement du processus de réestimation de la valeur des stocks d'imprimés, ces chiffres traduisent correctement la réalité. Ils constituent naturellement un sujet d'interrogation pour la F.N. S.P. Les résultats comptables analytiques par ouvrage ne sont pas calculés par les Presses de Sciences Po qui n'établissent que des résultats par collection, dont l'intérêt est limité et dont les éléments constitutifs paraissent d'une fiabilité douteuse : les charges et produits par nature différent d'une collection à l'autre, les loyers n'apparaissent que pour certaines collections, parfois même n'existe aucune charge... Les Presses de Sciences Po ne recourent par ailleurs à la co-édition que pour deux collections (en dehors de l'édition électronique) : avec Dalloz pour la collection Amphithéâtre ; avec Fayard pour le Rapport annuel sur l'état de l'Europe. La collection Amphithéâtre dégage des résultats positifs mais qui ne profitent que pour cinquante pour cent à la fondation. Le Rapport sur l'état de l'Europe est en revanche déficitaire en raison, estime la F.N.S.P., des coûts de communication de Fayard. Certains éditeurs ne seraient pas hostiles à une coopération mais se réserveraient naturellement la possibilité de choisir des titres rentables. Il en va de même pour une éventuelle politique de conventionnement du type de celle utilisée jadis avec Armand Colin ; des conventions signées dans ce cadre pourraient prévoir que la F.N.S.P. subventionne certaines des publications. Cette voie mériterait d'être explorée pour l'édition et la distribution d'ouvrages que la fondation estimerait essentiels. Le coût en serait vraisemblablement inférieur au système actuel, mais cette option supposerait que Sciences Po renonce à être son propre éditeur. Seule une négociation avec les deux ou trois éditeurs potentiels pourrait permettre d'apprécier les avantages et les contraintes de cette solution. Il n'existe pas de comité éditorial stricto sensu (sauf pour la bibliothèque du citoyen, qui comporte un comité de pilotage). Ce mode de fonctionnement mériterait sans doute d'être revu. Si la F.N.S.P. optait pour le maintien de sa maison d'édition, il serait nécessaire d'exercer une plus grande discrimination dans la sélection des titres à publier, soit avec la création d'un comité éditorial, soit au minimum d'un comité de lecture. La fixation d'objectifs en termes de rentabilité est sans doute la première des mesures à adopter. Le secteur des revues est caractérisé par la diminution progressive du nombre des abonnés depuis le milieu des années 1990. Les données analytiques produites, dont la fiabilité n'est pas supérieure à celle concernant les ouvrages, font apparaître que l'ensemble des sept revues actuellement diffusées serait financièrement équilibré. Comme pour les ouvrages, seule une comptabilité analytique serait en mesure de le confirmer. On peut penser que le chiffre de cinq ou six revues ne devrait pas être dépassé à l'avenir compte tenu de la tendance générale à la décrue du nombre des abonnés. Cependant la F.N.S.P. et l'OFCE pourraient utilement comparer les fichiers d'abonnés depuis une dizaine d'années en vue de déceler l'origine exacte de cette tendance : défection d'abonnés individuels, suivant une évolution qui n'est pas propre aux presses de Sciences Po, ou, plus grave, défection d'institutionnels (universités, bibliothèques) ce qui pourrait faire soupçonner un manque d'intérêt du contenu éditorial. Le processus de sélection, d'édition et de diffusion des titres publiés par la F.N.S.P. est déterminé par le souci de mettre en valeur la fondation, ses auteurs, ses chercheurs ; cet effort de qualité est assez fréquemment reconnu par la presse, à défaut de se traduire par des succès de librairie. Les impératifs économiques et les outils d'analyse comptable ne figurent par contre qu'au second plan des préoccupations de l'entreprise. En l'absence d'aide de la fondation, les Presses de Sciences Po afficheraient chaque année un déficit égal ou supérieur à leur chiffre d'affaires. Cette situation est ancienne, même si elle a pu un temps être en partie masquée par la prise en charge directe de certaines dépenses par la F.N.S.P. Le développement de l'activité, à partir de 1996, n'a pas modifié cette situation. Compte tenu du secteur dans lequel opèrent les presses et de l'absence à peu près complète de forts tirages, la rentabilité globale de l'exploitation n'est pas envisageable ; il serait illusoire d'attendre du marché un retour à l'équilibre. La question qui se pose est en fait de savoir quels moyens la F.N.S.P. est disposée à mettre en oeuvre pour assurer la mission de publication qui lui incombe. Cette réflexion est à poursuivre dans le cadre plus général de la recherche d'économies de gestion au sein de la fondation. La démarche de la F.N.S.P. devrait donc conduire en premier lieu à définir le service (optimal et minimal) qu'elle estime devoir assurer, en second lieu à rechercher les moyens les plus économiques lui permettant de le réaliser. Le maintien d'une activité éditoriale indépendante peut être considéré par Sciences Po comme un objectif légitime, indispensable autant à sa mission qu'à son prestige de grand établissement. Le maintien de cette option exige cependant que le coût en soit maîtrisé, et donc que des sacrifices soient consentis à la fois en ce qui concerne le fonctionnement de la SARL et les programmes d'édition. A titre complémentaire ou supplétif, le développement de la co-édition mériterait d'être étudié. Informations complémentaires apportées par Sciences PoLes autorités exécutives de la FNSP et de l’IEP partagent les préoccupations de la Cour et ont pris plusieurs mesures au cours des deux dernières années. La question des Presses de Sciences Po figure à l’ordre du jour du Conseil d’administration du 27 janvier 2004. Le Conseil d’administration de la FNSP, lors de sa séance du 28 janvier 2003, a manifesté sa volonté unanime de maintenir la mission d’édition et de diffusion des connaissances de la FNSP telle qu’elle a été définie par l’ordonnance du 9 octobre 1945. A la suite de la démission du professeur Bertrand Badie, en mars 2003, l’administrateur de la FNSP a confié la direction par intérim de cette maison d’édition à Gérard Grunberg, directeur scientifique de la FNSP et à Yves Richard, directeur des finances de la FNSP Leur première tâche a été d’assurer la continuité dans la production éditoriale des Presses de Science Po et de permettre à la SARL de poursuivre ses activités dans les meilleures conditions. Un premier bilan de l’activité éditoriale des Presses en 2003 et de ses résultats économiques permet de penser que la SARL n’a pas eu à souffrir de cette période de transition ; mieux, elle a d’ores et déjà su faire preuve de capacités d’adaptation et d’innovation qui sont de bon augure pour son avenir. Par ailleurs, dès leur prise de fonction, les codirecteurs ont entrepris de faire un examen approfondi de la situation éditoriale des Presses de Sciences Po en passant en revue l’intégralité de sa production. Parallèlement, ils ont engagé une réflexion prospective
sur les perspectives d’évolution de cette structure tant
du point de vue éditorial que sur le plan managérial. Pour
ce faire, ils se sont d’abord appuyés sur les conclusions
du groupe de réflexion piloté par René Rémond
qui a fait un examen approfondi de la situation des Presses de Sciences
Po au cours de l’année universitaire 2000-2001. Ils ont également
eu au cours de ces derniers mois de nombreux entretiens avec l’ensemble
des acteurs directement concernés par les activités de cette
maison d’édition (personnel des Presses, auteurs, enseignants-chercheurs
et chercheurs de Sciences Po, professionnels de l’édition,
etc.) ainsi qu’avec Denis Morin, conseiller maître à
la Cour des comptes, qui a accompli, à la demande de l’administrateur
de la FNSP, une mission d’audit des Presses de Sciences Po. 8.1 Bilan des derniers mois En dépit de la crise profonde dans laquelle l’édition en sciences sociales est plongée et malgré une conjoncture économique particulièrement défavorable à la consommation des biens culturels, le bilan économique et financier des Presses de Sciences Po n’est pas négatif. En effet, selon toute probabilité, le chiffre d’affaires de l’année 2003 devrait être en hausse (même s’il faut attendre les chiffres de ventes et les retours du mois de décembre pour en avoir la certitude). La programmation 2003 n’a pas eu à souffrir – ni quantitativement ni qualitativement – du changement de direction et la programmation de l’année 2004 devrait maintenir, pour le moins, la qualité éditoriale et le niveau des performances commerciales réalisées ces derniers mois. Pour ce qui concerne les revues, les premières données recueillies sur les chiffres des ventes et les abonnements de l’année 2003 sont stationnaires par rapport à celles de 2002. Les difficultés auxquelles a été confrontée la revue Critique Internationale ont été surmontées, une production normale a pu être assurée et une nouvelle équipe de rédaction a relancé cette publication en coordonnant les deux derniers numéros de l’année 2003. Par ailleurs, le projet de portail de revues en sciences humaines et sociales – auquel les Presses sont étroitement associées – est entré dans sa phase opérationnelle et ouvre des perspectives éclairantes pour tout ce qui concerne le mode de diffusion numérique des publications. a) La production des ouvrages En volume, la production éditoriale 2003 a été comparable
à la production des dernières années. En 2003, les
Presses ont publié 25 nouveautés, contre 30 en 2002, 26
en 2001 et 33 en 2000. Comme en 2002, aucun livre n’a été
réimprimé (3 l’avaient été en 2001 et
7 en 2000). - Collection Académique - Collection La bibliothèque du citoyen - Collection Références - Collections Chroniques électorales - Collection Amphithéâtre (coédition avec les éditions
Dalloz) - Coédition Fayard Pour l’année 2004, 22 ouvrages sont programmés : 14 pour le premier semestre et 8 pour le second. Deux livres vont être réimprimés : Roland Cayrol, Médias et démocratie : la dérive et Marie-Françoise Durand et al., L’espace mondial en 50 cartes. Liste des ouvrages programmés pour 2004 - Collection Académique - Collection La bibliothèque du citoyen - Collection Références - Collection Amphithéâtre (coédition avec les éditions
Dalloz) - Coédition avec les éditions Dalloz La production 2003 comprend moins d’ouvrages publiés dans la collection « La bibliothèque du citoyen » (6 au lieu de 10 en 2002) et, pour l’instant, 3 titres seulement ont été programmés pour 2004. Ce ralentissement est la conséquence des interrogations de la nouvelle direction quant au devenir de cette série. En effet, sans nier l’intérêt du « concept » ni le succès de certains titres, leur constat est que cette collection n’a pas rempli l’ensemble des missions qui lui avaient été attribuées. Cette opinion semble être assez largement partagée et, même si les interlocuteurs de la nouvelle direction n’ont pas tous proposé d’interrompre cette collection, la plupart ont souligné la nécessité de la faire évoluer très sensiblement dans sa forme comme dans ses contenus. En ce qui concerne la collection « Amphithéâtre » et, plus généralement, la question des coéditions, la nouvelle direction s’est également efforcé de faire un bilan des accords en cours tout en explorant de nouvelles pistes. La collection « Amphithéâtre » proprement dite donne satisfaction ; néanmoins, les éditions Dalloz, fortement marqué par son image de maison d’édition juridique, n’est peut-être pas l’associé adéquat si les Presses souhaitent développer et élargir leur production de manuels universitaires (voir infra), notamment dans le domaine des sciences humaines. D’ailleurs les Presses de Sciences Po ont-elles nécessairement besoin d’être adossées à une autre maison d’édition pour publier des manuels universitaires ? D’autres types de coéditions peuvent être envisagées, soit avec des éditeurs spécialisés dans tel ou tel domaine, pour faire jouer des synergies (1), soit avec des maisons d’édition plus « grand public » pour des opérations spécifiques (2). Mais, plus encore, la voie qui semble réellement riche de promesses est celle des coéditions avec des maisons d’éditions étrangères. Cette option est sans doute la plus pertinente pour que les livres des Presses de Sciences Po puissent pénétrer vraiment les marchés internationaux. Les Presses de Sciences Po se sont efforcé de maintenir un contact direct avec leurs lecteurs. Cette année encore, Jean-Baptiste Boyer, directeur de la gestion et directeur commercial, a fait en sorte que les Presses soient particulièrement bien représentées dans les différentes manifestations où elles peuvent promouvoir et vendre leurs ouvrages. D’abord, bien entendu, dans les salons (Salon du livre de Paris, Salon du livre d’histoire de Blois, « Livre sur la place » de Nancy, Salon de la revue, Salon du livre d’Alger, etc.) mais également lors des manifestations organisées à ou par Sciences Po (colloques, « Journées des dédicaces », « Envie d’Amphi », etc.) Cette rencontre avec les publics et le côtoiement des professionnels du livre sont des éléments non négligeables de la vitalité commerciale d’une maison d’édition. C’est pourquoi la nouvelle direction a choisi de maintenir, cette année encore, le stand des Presses de Sciences Po au Salon du livre de Paris, en dépit du coût de l’opération, car ils ont considéré qu’une abstention n’était pas opportune en cette période de transition et qu’elle aurait pu être mal interprétée par les lecteurs comme par la profession. b) Les Revues La relance de Critique Internationale Au cours de l’année 2003, la parution de la revue Critique Internationale a été perturbée, d’abord par le départ de la secrétaire de rédaction puis par une crise au sein de la rédaction de la revue qui s’est conclue par la démission du directeur de la publication. Ces départs ont entraîné un profond renouvellement de l’équipe éditoriale et de son comité de rédaction. En juin dernier, Christophe Jaffrelot, directeur du Centre d’études et de recherches internationales (CERI), a été nommé directeur de la publication, la rédaction en chef étant désormais assurée par un tandem composé de Daniel Sabbagh, chargé de recherche à la FNSP (CERI) et de Catherine Perron, chargée de recherche au CNRS (CERI). La revue reste solidement ancrée dans le CERI, qui a porté ce projet éditorial depuis son origine ; néanmoins elle sera désormais plus ouverte que par le passé comme en témoigne la composition du nouveau comité de rédaction (3) qui comprend des chercheurs issus de toutes les disciplines des sciences sociales et dont plus du tiers sont extérieurs à Sciences Po. La première tâche de la nouvelle équipe rédactionnelle a d’abord été d’assurer la livraison aux abonnés de l’ensemble des numéros de la revue prévus pour l’année 2003 (4). Les deux premiers numéros qu’elle a coordonnés ont été fort bien accueillis, tout particulièrement le numéro 20 consacré aux « Violences islamistes ». La nouvelle rédaction a ensuite présenté son projet éditorial. Du point de vue de l’organisation de la revue, le découpage entre les différentes rubriques a été simplifié et leur équilibre a été redéfini (5). Sur le plan scientifique, même si elle s’inscrit dans la continuité du projet initial, la nouvelle formule mettra en avant le pluralisme – thématique, méthodologique et disciplinaire – afin de restituer au mieux la réalité complexe du monde contemporain. L’ambition de Critique internationale, est de n’être ni une revue purement académique ni une simple revue de vulgarisation, mais une revue d'analyse professionnelle de l'international. Le 24 novembre 2003, cette nouvelle équipe et son projet éditorial ont été présentés devant le Conseil scientifique de la revue, qui les ont approuvés. A cette occasion, l’administrateur de la FNSP a réaffirmé le ferme soutien apporté par la FNSP à la revue Critique internationale, il a rappelé son attachement à l’ambition originelle qui avait conduit à la création de cette publication : bâtir à Sciences Po une grande revue scientifique internationale profondément implantée au sein de la communauté académique et enracinée dans l’ensemble de l’institution. Le portail de revues en sciences humaines et sociales (SHS) Ce projet initié en 2002 par le ministère de la jeunesse,
de l’éducation nationale et de la recherche, avec un groupe
d’éditeurs et d’institutions universitaires est à
présent fort avancé. L’objectif est de procéder
à la numérisation de collections des revues anciennes et
reconnues dans le but de réaliser un portail de périodiques
en sciences humaines et sociales. En octobre 2003, des conventions spécifiques
ont été conclues entre le ministère, la FNSP et les
Presses de Sciences Po qui ont permis d’engager le chantier de la
numérisation de deux revues éditées par les Presses
: la Revue française de science politique et la Revue économique
(ces deux titres figurant parmi les sept retenus par le ministère
pour lancer l’opération). Le portail
est destiné à s’élargir à d’autres
publications assez prochainement (une autre revue des Presses de Sciences
Po - XXe siècle – a d’ailleurs été pressentie
pour faire partie de la seconde vague). L’un des enjeux de cette
opération est d’explorer précisément la question
de l’articulation entre l’accès gratuit aux collections
passées et l’exploitation payante électronique des
nouveaux numéros. C’est, bien entendu, une question qui intéresse
les Presses de Sciences Po au tout premier plan (6). Avant même d’avoir pu réunir les conditions nécessaires
à la mise en place d’un véritable plan global de réduction
des coûts, la nouvelle direction s’est attaché –
avec l’aide active de l’ensemble des personnels des Presses
– à identifier plusieurs sources d’économie
qui pouvaient être exploitées assez aisément et rapidement.
Leurs efforts ont porté sur certains coûts de fabrication,
sur l’ajustement des tirages et sur les aides à la publication. - le papier : interruption des achats directs de papier par les Presses
(une disposition qui a permis d’abaisser le coût du kilogramme
de papier pour la collection « Académique » de 1,25
à 1,18 €), utilisation de grammages inférieurs (sans
perte de qualité), utilisation du procédé «
Roto-page » à la place de « l’Offset-feuille
» (une technique de fabrication qui permet d’obtenir un gain
de 30 € par tonne de papier) ; Pour ce qui concerne la production, sans sous-estimer la difficulté que peut représenter l’évaluation d’un tirage et sans ignorer les nécessités d’une bonne mise en place pour espérer obtenir un niveau de vente satisfaisant (le livre doit être exposé pour être - éventuellement - acheté) la nouvelle direction a été très attentifs à l’ajustement des tirages. Cet effort a également porté sur les réimpressions (celles-ci pouvant être effectuées à un moindre coût grâce à certaines évolutions techniques, notamment la composition numérique). Ils ont également souhaité faire évoluer l’apparence des couvertures des livres des Presses (notamment celles de la collection « Académique ») et ce, pour des raisons autant économiques que commerciales. En effet, ces couvertures ne remplissent pas convenablement leur office - c’est-à-dire informer clairement et susciter l’intérêt, voire l’attraction – et sont au demeurant fort onéreuses. Jacqueline Boggio a pris l’initiative de faire réaliser une nouvelle maquette (pour un coût de création de 750 €) qui permettra désormais d’effectuer l’essentiel des opérations en interne et donc de réaliser à peu de frais la photocomposition comme l’impression des couvertures. Jusqu’alors, le coût de réalisation de chaque couverture était de 392 € HT (soit, pour 25 titres par an, un coût total de 9 800 € HT) ; désormais, grâce à l’internalisation de la réalisation, il sera compris entre 70 et 100 € (soit , pour 25 titres par an, un coût total maximal de 2 500 € HT). En outre, esthétiquement, le résultat est plutôt probant puisque l’ensemble des personnes consultées ont nettement exprimé leur préférence pour la nouvelle maquette. Cette solution est bien entendu transitoire et ne dispense pas d’engager plus en profondeur de véritables études sur la forme et l’apparence des livres publiés par les Presses. Au contraire, ce point précis fait apparaître clairement la nécessité d’un accroissement de la professionnalisation des Presses de Sciences Po à tous les stades du processus d’édition et notamment dans le domaine marketing. Enfin, les codirecteurs des Presses ont cherché à obtenir le plus souvent possible des aides financières pour soutenir la publication de certains livres (notamment les ouvrages collectifs). En 2003, 2 ouvrages édités par les Presses de Sciences Po ont bénéficié d’importants appuis financiers (7). Pour la programmation 2004, 4 ouvrages (8) seront soutenus par des aides qui permettront de réduire les coûts de publication et d’abaisser le prix des livres (9).
Pour ce qui concerne le bilan de la politique éditoriale des Presses de Sciences Po, les analyses des deux nouveaux directeurs sont très proches des conclusions du groupe de travail présidé par René Rémond comme de celles figurant dans le rapport de Denis Morin. La nouvelle direction a pris la mesure de la trop faible insertion des Presses dans Sciences Po et a constaté qu’elles n’avaient pas tiré profit de la dynamique engagée par cet établissement ces dernières années (que ce soit dans les évolutions pédagogiques, l’insertion internationale, etc.) En outre, ils ont rapidement perçu que la communauté scientifique de l’établissement se détachait progressivement des Presses de Sciences Po. En effet, si certains chercheurs et enseignants-chercheurs éditent encore des ouvrages aux Presses, la plupart des laboratoires de Sciences Po ont développé des politiques éditoriales autonomes très actives qui – ces dernières années – ont toutes été mises en œuvre par d’autres maisons d’édition. Enfin, Gérard Grunberg et Yves Richard ont, eux aussi, jugé qu’il était opportun de procéder à une révision globale de la stratégie éditoriale des Presses afin d’être en mesure de mieux répondre à sa mission scientifique de diffusion des savoirs et à son ambition d’une politique éditoriale « citoyenne ». Ceci implique assurément une redéfinition de l’offre éditoriale et, notamment, de la carte des collections. Pour mettre en œuvre les différents aspects de cette politique éditoriale dans les meilleures conditions mais aussi - et surtout - pour améliorer très sensiblement les performances économiques et financières de cette SARL, ils ont très vite acquis la conviction qu’il fallait procéder à une réorganisation des Presses, notamment de sa direction. Ainsi, conformément aux recommandations qui ont été clairement formulées à maintes reprises d’abord par les membres du groupe de réflexion piloté par René Rémond, puis par de nombreux membres du Conseil d’Administration de la FNSP, par différents responsables de la communauté académique de Sciences Po et enfin par Denis Morin, il est apparu nécessaire de renforcer la professionnalisation de la direction en proposant de nommer à la tête de cette maison d’édition un directeur exécutif qui serait un praticien aguerri des métiers du livre et de la vente et qui jouirait d’une réelle autonomie. Les codirecteurs pensent qu’il serait souhaitable que ce directeur exécutif puisse s’appuyer sur plusieurs directeurs de collections – comme c’est le cas dans la plupart des maisons d’édition - issus de la communauté scientifique de Sciences Po, qui pourront inspirer et coordonner une offre de publications dynamique et audacieuse sur le plan éditorial tout en étant ambitieuse et rigoureuse d’un point de vue scientifique. Depuis que Gérard Grunberg et Yves Richard sont en charge de la direction provisoire des Presses, ils ont eu comme objectif prioritaire de définir précisément cette nouvelle organisation et d’identifier les personnes qui pourraient remplir au mieux ces différentes fonctions. a) Premières évolutions pour la politique éditoriale Dans un premier temps, la nouvelle direction a défini quelques
aménagements de la politique éditoriale réalisables
dans des délais assez brefs en nous fixant deux objectifs prioritaires
: Révision du processus des choix éditoriaux En ce qui concerne le processus de choix des manuscrits et des titres
publiés, là encore, la nouvelle direction a suivi les avis
unanimes de tous ceux qui se sont intéressés aux Presses
de Sciences Po ces dernières années. Leur but était
d’établir des procédures plus collégiales,
favorisant une politique éditoriale dynamique et « pro active
» qui donnent la priorité à des projets déterminés
et « commandés » à des auteurs par les Presses
de Sciences Po. Ce comité, présidé par Gérard GRUNBERG, directeur de recherche au CNRS, codirecteur des Presses de Sciences Po et directeur scientifique de la FNSP, comprend les membres suivants (10) : - Alain DIECKHOFF, directeur de recherche au CNRS, Centre d’études
et de recherches internationales (CERI). Ce comité, réuni déjà à deux reprises ( le 1er octobre et le 9 décembre 2003), s’est d’abord livré à une analyse assez précise et très constructive des forces et des faiblesses des Presses de Sciences Po, certains de ses membres suggérant des aménagements ou des innovations (l’édition de manuels universitaires, la gestion unifiée et centralisée d’un pôle de revues, etc.) Il a par la suite examiné avec attention les nouveaux projets qui lui ont été soumis (voir infra). Lors de la prochaine séance du comité le 11 février 2004, l’ordre du jour sera centré sur la question de l’avenir de la collection « La bibliothèque du citoyen ». Une stratégie éditoriale recentrée sur les forces vives de Sciences Po : évolution de l’offre et du positionnement des collections Afin de mettre en œuvre les premiers fondements d’une stratégie
éditoriale recentrée sur Sciences Po, il est apparu indispensable
de procéder assez rapidement à une restructuration de l’offre
et du positionnement des collections. Rationaliser l’offre des collections préexistantes En 2003, les Presses de Sciences Po proposaient 9 collections. Au cours des derniers mois, les codirecteurs ont effectivement mis un terme à deux collections : « La bibliothèque du décideur » et « Sciences Po langues » et, par ailleurs, ils ont engagé un processus de dilution des collections « Facettes » et « Annuaires » dans les collections « Références » et « Académique ». Enfin, comme cela a été mentionné précédemment, ils s’interrogent sur le devenir des collections « La bibliothèque du citoyen » et « Amphithéâtre ». Faire en sorte que les Presses jouent pleinement leur rôle de vitrine de la politique pédagogique de l’établissement En accord, là aussi, avec l’opinion quasi générale
de leurs différents interlocuteurs, Gérard Grunberg et Yves
Richard ont proposé au Comité éditorial que les Presses
éditent rapidement des manuels ou des ouvrages de synthèse
universitaires qui reflètent vraiment la richesse et la diversité
de l’offre pédagogique de l’établissement. Les premiers seraient directement articulés avec les grands cours magistraux de Sciences Po : « Enjeux politique », « Espace mondial », « Concepts fondamentaux de l'analyse économique », « Fondements de la politique économique et mondialisation », « Introduction au droit », « Histoire politique et sociale comparée de l'Europe occidentale au XXe siècle », « Le pouvoir politique, du niveau local au niveau européen », etc. Des enseignants ont d’ores et déjà été contactés et ont donné un accord de principe. Les seconds seraient plutôt centrés sur de grands thèmes qui irriguent de nombreux enseignements de l’IEP et pour lesquels des ouvrages de synthèse éclairés sont particulièrement bienvenus, soit pour avoir un point actualisé sur l’état des débats et de la connaissance dans tel ou tel domaine, soit pour mieux cerner des enjeux nouveaux, soit encore pour aborder des domaines qui ont connu récemment de fortes évolutions. Quelques pistes de thèmes peuvent être esquissées : Questions sociales ; Villes et questions urbaines ; Médias ; Économie et politique de la culture ; Questions internationales ; Action humanitaire et droits de l’Homme ; Développement durable ; Régulation ; Commerce et échanges internationaux ; Stratégie de l’entreprise ; Questions européennes ; etc. Là encore, ces ouvrages seraient réalisés par des équipes pédagogiques de Sciences Po. Le Comité éditorial s’est déclaré favorable à cette proposition qui était conforme aux souhaits exprimés par plusieurs de ses membres lors la première réunion de ce comité. Restructurer la production d’ouvrages scientifiques autour de quelques grandes collections fondées sur les points forts du dispositif scientifique de Sciences Po. Comme cela a déjà été mentionné dans
cette note, la faible articulation entre la politique éditoriale
des Presses et le potentiel scientifique de Sciences Po, la distance croissante
marquée par la communauté académique de l’établissement
vis-à-vis de sa maison d’édition sont des sujets de
préoccupation majeurs. En effet, cette situation est parfaitement
contradictoire avec les missions premières et fondamentales des
Presses de Sciences Po telles qu’elles ont été définies
par l’ordonnance du 9 octobre 1945. - Collection « Politiques publiques » (ou « Action
publique » ) (12) - Collection « Internationales » (ou « Questions internationales
») - Collection « Sociétés et politiques comparées
» - Collection « Conjoncture économique » - Collection « Histoire contemporaine » b) Une nécessaire réorganisation des Presses de Sciences Po Pour toutes les raisons qui viennent d’être exposées ici, Gérard Grunberg et Yves Richard ont proposé à l’administrateur de la FNSP qu’il confie la direction exécutive des Presses de Sciences Po à un professionnel des métiers du livre et de la vente. Gérard Grunberg et Yves Richard ont entamé un processus de recrutement qui leur a permis d’identifier une professionnelle qui remplit a priori les conditions nécessaires pour prendre en charge cette fonction. Cette personne, particulièrement expérimentée dans les domaines du commerce du livre (marketing et merchandising) et des nouveaux services de l’édition (notamment de l’édition électronique) a accompli l’essentiel de sa carrière à la Direction du livre de la FNAC. Par ailleurs, les codirecteurs ont recommandé à l’administrateur que le directeur exécutif des Presses puisse s’appuyer sur des directeurs de collections. Là encore, le processus est en cours mais, d’ores et déjà, plusieurs membres de la communauté scientifique de Sciences Po ont donné leur accord. Le Comité éditorial mis en place à la rentrée 2003 continuera à jouer pleinement son rôle pour tout ce qui concerne la définition de la politique éditoriale et la sélection des ouvrages publiés. Il restera placé sous la présidence du directeur scientifique de l’établissement afin de bien marquer l’étroite association de la communauté académique de la FNSP avec les Presses de Sciences Po. Enfin, le directeur des finances de Sciences Po demeurerait gérant de la SARL « Les Presses de la Fondation nationale des sciences politiques », toujours pour maintenir les liens entre la SARL et la FNSP. Dans ces conditions, la mission qui a été confiée à Gérard Grunberg et Yves Richard par l’administrateur de la FNSP en mars dernier est arrivée à son point d’aboutissement. Ils lui ont donc proposé d’y mettre un terme en suggérant une transition progressive pendant les premiers mois de l’année 2004 au cours desquels ils pourront avoir des réunions régulières avec la nouvelle direction pour assurer la continuité des activités des Presses de Sciences Po. Il appartiendra à la nouvelle direction, en accord avec l’administrateur de la FNSP et sur la base des analyses présentées par la Cour des comptes, d’une part et par Denis Morin, d’autre part, d’élaborer un plan d’économies susceptible de réduire les pertes de la SARL puis d’assurer la stabilité financière de cette entreprise. Néanmoins, un certain nombre de pistes apparaissent désormais clairement. La réduction des frais de location est assurément une option pertinente. La limitation progressive du nombre de salariés peut être réalisée sans plan social – comme s’y est fermement engagé l’administrateur de la FNSP – grâce à la mobilité interne et au non-remplacement des départs à la retraite. Seule une analyse très précise de l’organisation du travail, des tâches accomplies et des gains de productivité envisageables, permettra de mettre en œuvre les préconisations de la Cour des comptes. Au terme de leur bref mandat, Gérard Grunberg et Yves Richard ont acquis la conviction que ces différentes dispositions et que la réorganisation des Presses de Sciences Po leur permettront d’être en mesure d’exploiter pleinement le remarquable potentiel qu’elles portent en elles, qu’elles seront ainsi en mesure d’améliorer leurs performances en s’acquittant au mieux d’une mission dont on ne saurait assez rappeler l’extrême importance pour Sciences Po comme pour l’ensemble de l’édition universitaire française. Notes1) C’est ce qui a été fait - toujours avec les éditions
Dalloz - pour l’édition des actes du « Forum de la
régulation » qui se déroule dans le cadre des activités
de la Chaire Régulation de Sciences Po dirigée par le professeur
Marie-Anne Frison-Roche. 2) Comme c’est le cas avec les éditions Fayard pour la publication
du Rapport sur l’état de l’Union européenne,
dirigé par les professeurs Jean-Paul Fitoussi et Jacques Le Cacheux.
3) Ce comité comprend les membres suivants : Jean-Marie Bouissou
(directeur de recherche, CERI), Astrid von Busekist (professeur des Universités
à l’IEP de Paris), Antonela Capelle-Pogacean (chargée
de recherche à la FNSP, CERI), Gwenaëlle Calvès (professeur
des Universités à l’Université de Cergy Pontoise),
John Crowley (rédacteur en chef de la Revue internationale de sciences
sociales, UNESCO), Olivier Dabène (professeur des Universités
à l’IEP d’Aix en Provence), Dominique Darbon (maître
de conférences des Universités à l’IEP de Bordeaux),
Alain Dieckhoff (directeur de recherche au CNRS, CERI ), Nicolas Jabko
(chargé de recherche à la FNSP, CERI), Marie-Claire Lavabre
(directrice de recherche au CNRS, CEVIPOF), Luis Martinez (chargé
de recherche à la FNSP, CERI), Patrick Michel (directeur de recherche
au CNRS, CERI), Jay Rowell (chargé de recherche au CNRS), Muriel
Rouyer (secrétaire générale de l’Observatoire
de la parité), Jérôme Sgard (chercheur au Centre d’études
prospectives et d’informations internationales), Patrick Simon (chargé
d’études à l’INED), Bruno Tertais (maître
de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique).
4) La périodicité de la revue Critique internationale est
de 4 numéros par an. 5) Le nombre de textes inclus dans la rubrique « Contre-jour »
est limité à quatre, les rubriques « D’ailleurs
» et « Le Cours de la recherche » sont regroupées
dans une nouvelle rubrique intitulée « Champ libre ».
Celle-ci pourra inclure des entretiens comme des mises au point sur certains
concepts des sciences sociales, mais accueillera en priorité des
articles de recherche plus étoffés que ceux de la rubrique
« Variations ». Enfin, les « Notes de lecture »
sont supprimées. La rubrique « Lectures » comprendra
désormais un nombre réduit de compte-rendus de taille plus
conséquente. 6) Les Presses de Sciences Po sont d’ailleurs associées
à une autre opération expérimentale consacrée
à l’offre éditoriale numérique, le projet Manum,
centré sur la question de la mise à disposition de documents
sous forme numérique à destination des étudiants.
Ce programme regroupe également des éditeurs, des établissements
d’enseignement supérieur et des centres de recherche. 7) Commission sur la sécurité humaine, Rapport de la Commission
sur la sécurité humaine et Olivier Donnat, Paul Tolila (dir.),
Le(s) public(s) de la culture : politiques publiques et équipements
culturels. 8) Pierre Lascoumes, Philippe Artières (dir.), Gouverner, enfermer.
La prison, un modèle indépassable ? ; Nonna Mayer, Bruno
Cautrès, (dir.), Le nouveau désordre électoral. ;
Anne Muxel, Les étudiants de Sciences Po, leurs cultures politiques,
leurs idées et leurs valeurs ; Jacques Rupnik (dir.), L’opinion
des Européens face à l’élargissement. 9) Bien entendu, il n’est pas question ici des «mélanges
» qui donnent lieu à des souscriptions, comme ce fut le cas
pour deux ouvrages édités par les Presses en 2003 : Pierre
Favre, Jack Hayward, Yves Schemeil (dir.), Être gouverné
: études en l'honneur de Jean Leca et Anne-Marie Le Gloannec, Aleksander
Smolar (dir.), Entre Kant et Kosovo : études offertes à
Pierre Hassner. 10) La composition du comité n’est pas définitive
et elle devrait être élargie, notamment en y incluant les
directeurs de collections (cf. infra). 11) Ces titres sont tout à fait indicatifs et provisoires. 12) Là encore, les titres sont tout à fait indicatifs et
provisoires.
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