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Création ? Il serait plus exact de dire seconde naissance. Aussi avons-nous choisi de parler de refondation : l’expression met davantage en lumière le caractère original de l’événement. L’émergence de la nouvelle fondation s’inscrivait en effet dans une histoire déjà longue, qui a débuté en 1872 avec l’initiative d’Emile Boutmy d’ouvrir un établissement d’enseignement supérieur voué au déchiffrement du monde contemporain, accueillant des disciplines intellectuelles qui n’avaient pas trouvé place dans l’Université d’Etat, et mettant en œuvre une pédagogie originale : l’Ecole libre des sciences politiques. Quelques mois après la libération du territoire et la fin de la guerre, l’initiative de 1945 procédait de la volonté de renouvellement qui caractérisait alors l’esprit public et inspirait les décisions des gouvernements : la naissance de la Fondation faisait corps avec la réforme administrative et était solidaire de la création d’une Ecole Nationale d’Administration destinée à la formation des cadres supérieurs de la fonction publique. L’Ecole libre était intégrée à l’enseignement supérieur public et transformée en Institut de l’Université de Paris. Soucieux de préserver l’autonomie qui avait permis, trois quarts de siècle durant, l’expérimentation de méthodes originales et d’enseignements nouveaux, et anticipant ainsi sur la réforme de 1968, les dirigeants de l’institution privée et les représentants de l’Etat se mirent d’accord sur une formule ingénieuse dont la suite devait montrer la pertinence : créer sous forme de fondation une institution de droit privé à laquelle la puissance publique accorderait son soutien et confierait la gestion de l’établissement public d’enseignement. Ainsi a commencé, il y a soixante ans une expérience singulière qui associait la capacité d’initiative du privé et la garantie de rigueur du public : formule dont on pourrait souhaiter qu’elle soit une référence pour toutes les universités. Depuis, les relations entre la Fondation Nationale des Sciences Politiques et les pouvoirs publics n’ont cessé de se resserrer et le champ de leur collaboration de s’étendre. Cette formule qui aurait pu n’être qu’un expédient juridique ingénieux pour régler à l’amiable un problème de circonstance, celui du transfert du patrimoine de l’ancienne école à l’Etat, s’est révélée avec les années être le principe d’une activité féconde : tandis que l’Institut promu au rang de grand établissement devenait une université à part entière, la Fondation prenait place dans le domaine de la recherche. Les rédacteurs de l’Ordonnance avaient eu l’inspiration de confier à celle-ci la mission de promouvoir en France et dans le monde les sciences politiques, économiques et sociales. C’était affirmer que la responsabilité de la Fondation s’exerçait sur la France entière et reconnaître le caractère pluridisciplinaire de ses activités. La suite a démontré la justesse de l’intuition initiale : le déploiement de plusieurs centres de recherche couvrant tout le champ des sciences sociales, l’engagement de centaines de chercheurs, le développement de la bibliothèque et de la documentation, l’essor des publications ont concouru à faire de la Fondation Nationale des Sciences Politiques un pôle majeur de la recherche en France et en Europe. En célébrant le soixantième anniversaire du texte fondateur, nous avons souhaité mettre en pleine lumière cette partie de l’ensemble Sciences Po qui est un peu sa face cachée. Nous avons entendu mettre en évidence l’originalité de la formule et sa fécondité. Nous avons voulu rendre hommage à la prescience de ceux qui l’ont conçues ainsi qu’à tous ceux qui, au cours de ces 60 années, ont donné sens et vie à l’intuition fondatrice. René REMOND |
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