La lettre d'information de Sciences Po aux entreprises
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La lettre d'information de Sciences Po aux entreprises - septembre 2007- n°11  
 

 
Regard sur...  
 
   

Entretien avec Patrick LE GALES, directeur de recherche au Centre de recherches politiques de Sciences Po - CEVIPOF à l'occasion de la sortie de son livre coécrit avec Florence FAUCHER-KING "Tony Blair, 1997-2007 le bilan des réformes" paru aux Presses de Sciences Po

 

1) Comment qualifiez-vous le projet néotravailliste ? Etes-vous d'accord avec la troisième voie évoquée par les acteurs eux-mêmes ?

Je ne suis pas vraiment d’accord avec ce terme de « troisième voie » que les acteurs, eux-mêmes, ont abandonné en 2001. Théorisée par le sociologue britannique Anthony Giddens, cette référence avait pour but de mettre en forme le renouveau politique mais elle n’a pas eu de substance.

Pour comprendre le projet néotravailliste, il est important de partir des politiques mises en œuvre. Avec le recul, je dirai que le New Labour se définit à partir de trois composants essentiels :

Premièrement, le néolibéralisme est le premier pilier du projet néotravailliste. Les élites du New Labour acceptent le legs thatchérien et considèrent comme un fait accompli la globalisation économique et la nécessité d’une bonne gestion économique. La moitié voire les trois quarts des mesures prises ont eu pour but d’adapter la Grande-Bretagne à la compétition internationale.

Deuxièmement, l’Etat est mobilisé de manière active, innovante pour mener des réformes. La mise en œuvre de l’action publique s’appuie sur des techniques modernes avec la production systématique d’indicateurs et l’application des méthodes de micro-management qui reposent sur un système de récompense.

Enfin, les acteurs du New Labour ont mis l’accent sur le rôle de la communication politique, de la persuasion et de la conviction. Ils ont abusé du "spin", que l’on pourrait traduire en français par gouverner par les slogans. Cette nouvelle vision de la démocratie favorise l’individualisation progressive des rapports au politique manifestée par le concept de citoyen-consommateur de services. Malheureusement, ce projet de société est un projet de middle classes qui aspirent à l’excellence de l’éducation, à la réussite individuelle et au succès matériel. Il laisse de côté les plus démunis qui se désintéressent de la vie politique. Aussi les élites du New Labour ne sont pas très à l’aise avec les syndicats.

A ces trois dimensions du projet néotravailliste, il faudrait adjoindre trois autres éléments : un ingrédient de social-démocratie qui se traduit par le renforcement des services publics avec la construction et la rénovation d’écoles, de crèches et d’hôpitaux, un ingrédient d’expérimentation et d’hyperactivisme ainsi qu’une politique progressiste pour les droits des femmes et l’intégration des minorités.

2) Comment a évolué le New Labour entre les différents mandats ?

Au départ le projet se positionne clairement au centre-gauche. Il est à la fois radical et progressiste. Puis au fil des années, il se déporte vers la droite avec l’obsession sécuritaire, le renforcement des contrôles et de la surveillance. La Grande-Bretagne détient le record du monde des caméras de surveillance. Le taux d’incarcération est 1,5 fois celui de la France ou de l’Allemagne. Les banques de données informatiques portant atteinte à la vie privée se sont multipliées. Par ailleurs, la loi de 2001 autorise le gouvernement à sortir de la Convention européenne à peine ratifiée.

On constate également un changement d’attitude quant à la modernisation du service public. Lors du premier et du second mandats, un équilibre s’était institué entre les mécanismes d’Etat et les mécanismes du marché. Il disparaît dans le dernier mandat. Tony Blair opte pour position plus radicale en mettant en concurrence les services publics. Les hôpitaux et les écoles jugées peu rentables sont fermés.

Le bilan de Tony Blair est surtout noirci par les attentats de Londres, en juillet 2005, et l’invasion de l’Irak qui va casser la confiance entre les Britanniques et le Premier Ministre.

3) Quelles sont les réussites et les échecs des politiques publiques mises en oeuvre ?

Les plus grandes réussites concernent la stabilisation macroéconomique et la croissance ininterrompue pendant dix ans. De nombreux emplois ont été créés et la qualité des services a été améliorée, que ce soit dans le domaine de la santé ou de l’éducation.

Cependant, ces résultats ne peuvent pas cacher des réalités moins reluisantes. Les effets de la lutte contre la pauvreté sont limités : les taux de pauvreté des enfants et des personnes âgées demeurent très élevés. La Grande-Bretagne reste l’un des pays les plus inégalitaires. Enfin deux échecs particulièrement visibles sont à mettre à l’actif des gouvernements néotravaillistes : l’accroissement des déséquilibres entre le Nord et le Sud du pays et l’incapacité à moderniser les infrastructures, notamment en matière de transport. On pourrait ajouter l’incapacité à améliorer la formation de la main d’œuvre britannique et une certaine naïveté en la croyance dans les indicateurs.

4) Dans le chapitre 1er de votre livre, vous posez la question "Le business model britannique contre le modèle social européen ?" Comment définissez-vous le premier et s'oppose-t-il au second ?

Le business model britannique met l’accent sur la concurrence internationale. Des réformes ont été entreprises pour aider les entreprises à être concurrentielles. A la grande colère des syndicats, Tony Blair n’est pas revenu sur la législation antisyndicale du gouvernement précédent et les négociations avec les partenaires économiques pour définir les orientations et la stratégie économique du gouvernement se sont faites essentiellement avec le patronat. Les néotravaillistes se sont opposés au modèle social européen, qui combine protection sociale élevée et développement économique. Ils se sont opposés aux lois sociales européennes, qu’il s’agisse de la directive du temps de travail maximum ou des droits des employés à temps partiel.

5) Gordon Brown, le successeur de Tony Blair a été son ministre de l'Economie et des Finances. Quel est son bilan économique ?

Son bilan macroéconomique est remarquable. Pour instaurer la confiance des marchés, Gordon Brown s’est engagé à n’augmenter ni les impôts, ni les dépenses publiques pendant deux ans et à garder le cadre budgétaire conservateur pendant le premier mandat. Il s’engage également à ne pas manipuler les taux ou laisser se développer l’inflation tout en accordant l’indépendance à la Banque d’Angleterre. Pendant ce premier mandat, il réduit fortement la dette.

Après cette première période postmonétariste combinant lutte contre l’inflation, monnaie forte et discipline budgétaire de fer, le second mandat s’inscrit dans la plus pure tradition keynésienne. L’excédent budgétaire permet d’annoncer un programme d’investissement public sans précédent. Le taux de création d’emplois est très important. Pendant dix ans, le taux de croissance est supérieur à celui de la zone euro et notamment à ceux de la France et de l’Allemagne.

Toutefois, il faut quelque peu tempérer la réussite de cette politique économique : La consommation privée est aujourd’hui très élevée et de nombreux ménages sont endettés. Les prix de l’immobilier ont été multipliés par trois entre 1997 et 2007. La productivité n’a pas été améliorée. Une partie de la dette publique est dissimulée, les projets de partenariat publics/privés n’ayant pas été comptabilisés.

Dans les prochaines années, la croissance économique sera déterminante.

6) Quelle est l'influence de Tony Blair sur les hommes politiques aujourd'hui ? Qui semble s'en inspirer ?

Tony Blair a eu peu d’influence sur la Gauche française, à l’exception de Dominique Strauss-Kahn et de Ségolène Royal. Nicolas Sarkozy s’en rapproche à la fois par son style politique, son hyperactivisme, et par son programme économique et sécuritaire. Seulement, Tony Blair est resté toujours très cosmopolite.
Au niveau européen, l’influence de Tony Blair se fait ressentir sur la Commission européenne de plus en plus gouvernée par des indicateurs, notamment dans le domaine de la concurrence.

Propos recueillis par Caroline Allain

 
Campus  
 
   

Sciences Po a ouvert le 18 septembre dernier une Ecole de la Communication

Afin de prendre en compte cette nouvelle donne, Sciences Po a décidé de créer une Ecole de la Communication qui offre une formation intellectuelle fondamentale, alliant savoirs théoriques et appropriation des pratiques professionnelles, internationalisée et constituant un creuset original de l’art, de l’innovation – scientifique notamment – et de l’économie comme du commerce.

L’armature pédagogique de l’Ecole doit beaucoup au groupe de travail conduit par Jean-Marie DRU, Président de TBWA World Wide, dont les réflexions ont portées sur l’évolution des métiers de la communication et les exigences nouvelles de la formation de ces métiers.

S’appuyant sur les ressources intellectuelles de Sciences Po, l’Ecole de la Communication délivre à l'issue d'une scolarité de deux ans, le diplôme de Sciences Po (Bac + 5) et confère le grade universitaire de "Master" à ses titulaires.

La formation, de dimension internationale, est également fortement ouverte au monde professionnel, tant par la composition du corps enseignant (composé à 90% de praticiens éprouvés) que par les contenus des enseignements.

La première année est centrée sur l’acquisition des fondamentaux. Elle débute par deux semaines de séminaire consacrées au lien entre communication et création. Elle se poursuit par un socle d’enseignements pluridisciplinaires, des ateliers de sciences sociales et de pratique professionnelle. La première année permet également aux élèves de se familiariser avec la vie des entreprises, le secteur des médias et celui de la communication dans son ensemble, avec ses outils et ses techniques.

La deuxième année s’effectue en alternance entre Sciences Po et une entreprise. Chaque élève est pris en charge par un tuteur professionnel chargé de suivre son intégration dans la vie active. Tout au long de cette année, les élèves travaillent en équipe pour répondre à une commande faite par une entreprise ou une organisation extérieure à Sciences Po.

Plusieurs grandes entreprises (agences de communication et annonceurs) ont décidé de soutenir ce projet innovant non seulement en accueillant les élèves en stage et en apprentissage, mais aussi en finançant des bourses et diverses innovations pédagogiques.

A l’occasion de l’ouverture de cette Ecole, Sciences Po va créer un fonds non consomptible destiné à financer cette formation de manière pérenne, sur le modèle des « endowments » des universités anglo-saxonnes.

La première promotion de l'Ecole de la communication accueille une soixantaine d'élèves (dont près de 1/3 d'étudiants internationaux).

Jean-Michel CARLO dirige l'Ecole de la Communication

Successivement président de Young & Rubicam, de BBDP et de EuroRSCG France, puis directeur général d'Ipsos en charge de l'Europe et des Etudes Marketing, Jean-Michel CARLO apporte son expérience professionnelle et sa parfaite connaissance de ce secteur à ce projet porté par la direction des études et de la scolarité.

Contact : jeanmichel.carlo@sciences-po.fr

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter les pages du site de la Direction des Etudes et de la Scolarité consacrées à l’Ecole de la communication :
http://www.sciences-po.fr/formation/rentree_2007/ecole_communication.html

 
Agenda  
 
   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Octobre

Mardi 2 octobre, à 17h30, rencontre exceptionnelle de Steve BALLMER, PDG de Microsoft


A l’occasion de sa venue en France, Steve BALLMER, le charismatique successeur de Bill GATES à la tête de Microsoft, viendra rencontrer les étudiants de Sciences Po et répondra à toutes leurs questions sur son entreprise, l’avenir des nouvelles technologies et l’économie de la connaissance.

Pour en savoir plus sur Steve BALLMER : http://www.microsoft.com/Presspass/exec/steve/default.mspx

Pour plus de renseignements, merci de contacter Nathalie MASSONI : 01 45 49 59 87

 

 

Mercredi 3 octobre, de 18h à 20h, Forum APSIA

Leading Professional Schools of International Affairs organise a joint European Admission Tour. Discover their challenging offers of graduate studies in International Affairs. At each fair, academic and administrative directors will present their programs. They are looking forward to answering your questions individually and inform about all degrees available.

There is no other chance to meet some of the most recognised schools of International Affairs at the same time!

Among participating schools: College of Europe, Warsaw, Poland; Brugge, Belgium - Georgetown University, Washington D.C., USA - Graduate Institute of International Studies, Geneva, Switzerland - Sciences Po, Paris, France - St Petersburg State University, St Petersburg, Russia - University of Denver, Colorado, USA - University of St.Gallen, St.Gallen, Switzerland - Yale University, New Haven, USA

Rooms Anatole Leroy-Beaulieu and Albert Sorel.

For more information, please contact Isabelle Patti.

 

Jeudi 4 octobre, à 10h15, débat exceptionnel avec OLLI REHN, Commissaire européen à l'élargissement

OLLI REHN, Commissaire européen à l'élargissement, viendra débattre à Sciences Po, jeudi 4 octobre, à 10h15, en amphithéâtre Jacques Chapsal sur le thème :

"Une Europe forte, le regard tourné au Sud-Est : notre futur européen".

Le débat sera modéré par Jacques Rupnik, directeur de recherche au Centre d'études et de recherches internationales de Sciences Po.

Pour plus de renseignements, merci de contacter Nathalie MASSONI : 01 45 49 59 87

 

Jeudi 11 octobre, journée franco-italienne Quel rôle pour l'Europe dans l'espace global de la formation d'excellence et de la recherche ? Une contribution franco-italienne."

Avec notamment la participation de :
Valérie Pécresse, Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,
Fabio Mussi
, Ministre italien de l'Enseignement supérieur et de la Recherche,
Jérôme Bedier
, Président de la Commission Europe du MEDEF,
Richard Descoings, Directeur de Sciences Po,
Denis Ranque, PDG de Thalès

Quels progrès depuis le lancement du processus de Bologne ? Quelle place pour la France et l'Italie dans la formation d'excellence et la compétition académique européenne et mondiale ? Comment rapprocher davantage les formations universitaires, la recherche et le monde des entreprises ? Quelles réformes pour l'université et la recheche ? Chercheurs, responsables politiques et dirigeants d'entreprise français et italiens tenteront d'apporter des éléments de réponse lors de cette journée organisée par l'Ambassade d'Italie à Paris, l'Ambassade de France en Italie et Sciences Po.

Inscription obligatoire par mail auprès de :paolo.modugno@sciences-po.fr
Pour en savoir plus, cliquez ici

 

Mercredi 17 octobre 2007, conférence de Simone VEIL, ancienne ministre de la Santé sur le thème "Politique et santé"

Dans le cadre de ses Tribunes de la santé, La Chaire santé de Sciences Po a le plaisir de vous convier, le mercredi 17 octobre 2007, à la conférence de Simone Veil, sur le thème « politique et santé ».

La conférence se tiendra de 19h15 à 20h30 dans l’amphithéâtre Jacques Chapsal 27, rue Saint-Guillaume.

Renseignements complémentaires et inscription obligatoire sur le site Internet de la Chaire santé. http://chairesante.sciences-po.fr
Tél : 01 45 49 77 85

 

 

La lettre est une publication de la la Direction de la Stratégie et du Développement et de la Direction de la Communication de Sciences Po.
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Rédactrice en chef : Caroline Allain,  caroline.allain@sciences-po.fr

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