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Paris
le mardi 16 mars 2004
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Recherche
: une opportunité à saisir
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| Le malaise, latent depuis de nombreuses années dans le monde de la recherche mais qui s'exprime aujourd'hui publiquement avec force, appelle la définition et l'énonciation d'une grande politique de la recherche et de l'enseignement supérieur. La situation actuelle offre une opportunité de repenser notre dispositif de recherche. Elle doit et peut être saisie sans tarder à condition d'initier une dynamique de réforme capable de rassurer les acteurs de la recherche et de créer un nouvel élan. | |
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Dissocier, comme c'est
encore parfois le cas, l'action des universités et celle des grands
établissements de recherche méconnaît une réalité
fondamentale : ce sont les universités qui forment les doctorants
et alimentent le recrutement des chercheurs et des enseignants-chercheurs.
Réciproquement, les meilleures formations doctorales supposent
l'intégration des doctorants dans des laboratoires. Aucune politique
scientifique ne peut être efficace si elle ne régule pas
la formation des doctorants en même temps qu'elle développe
l'emploi scientifique. Enfin, une large majorité des laboratoires
de recherche sont d'ores et déjà implantés dans les
universités. Certes, toutes les universités ne sont pas prêtes pour remplir une telle mission et, dans ces conditions, des inquiétudes légitimes peuvent naître chez les chercheurs à propos d'une intégration plus poussée de la recherche dans des universités insuffisamment autonomes et souvent mal armées pour mettre en uvre des politiques de recherche ambitieuses. Mais ce constat, même s'il était avéré, ne saurait guider une réflexion prospective sur l'avenir de notre enseignement supérieur et de notre recherche. Dans cette perspective, l'une des missions principales des grands établissements de recherche, et notamment du CNRS, est de nouer des partenariats solides avec les universités capables de développer des pôles de recherche puissants et compétitifs comme de véritables écoles doctorales et de mettre à leur disposition les moyens dont elles ont besoin dans une logique contractuelle. Des procédures d'évaluation de la recherche faisant notamment une place importante aux experts étrangers doivent permettre de fonder et de légitimer ces partenariats. 3. La politique de l'emploi scientifique est une autre priorité. Dans un contexte de
vieillissement des personnels de la recherche, l'inquiétude exprimée
par les jeunes face aux perspectives offertes par les métiers de
la recherche et de l'enseignement supérieur est réelle et
doit être prise en considération. L'attractivité du
métier de chercheur s'affaiblit en France, phénomène
préoccupant dans le contexte d'une compétition internationale
croissante. Le rajeunissement des personnels de la recherche constitue
un enjeu central pour l'avenir du pays. La création indispensable
de postes non permanents et de bourses pour les post-doctorants ne doit
pas se faire au détriment des emplois scientifiques stables. Les
étudiants qui aspirent à devenir chercheur ou enseignant-chercheur
doivent savoir quelles sont les perspectives de recrutement et de carrière
offertes sur une période relativement longue. Dans ce domaine,
les prévisions pluriannuelles sont absolument nécessaires.
Les chercheurs confirmés doivent se voir attribuer un poste stable.
Les emplois dans la recherche doivent être suffisamment bien rémunérés
pour être attractifs, non seulement au niveau national mais aussi
international. Il s'agit là d'un effort considérable qu'il faut saluer et qui devrait permettre de replacer la France au niveau des pays qui consacrent à la recherche une part relative de leurs ressources budgétaires parmi les plus élevées. Il est souhaitable que l'engagement de ces crédits soit programmé dans les meilleurs délais. Redonner confiance à la recherche, redonner confiance dans la recherche, voici un double objectif qui exige et mérite la mobilisation de tous. C'est au gouvernement de prendre les décisions nécessaires à la mise en uvre d'une réforme ambitieuse. Il revient à tous les acteurs de la recherche de contribuer à animer le débat et d'éclairer le gouvernement et le Parlement dans leurs choix. |
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René Rémond,
Président de la Fondation nationale des sciences politiques, membre
de l'Académie française, professeur émérite
des universités, ancien président de l'Université
de Nanterre, ancien premier vice-président de la Conférence
des Présidents d' Universités ; |
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