Quai d’Orsay. Chroniques Diplomatiques, de Blain et Lanzac, éditions Dargaud, 96 p., 15,50 €.
Que l’on ne s’y trompe pas, cet ouvrage burlesque au dessin aussi expressif qu'élégant est en fait une remarquable peinture sociologique d’un univers rarement abordé : le Ministère des Affaires Etrangères.
Dans cet ouvrage Arthur Vlaminc est engagé par le ministre Alexandre Taillard de Worms (on reconnaîtra Dominique de Villepin) comme conseiller au langage pour écrire ses discours.
Véritable tornade vivante, ce personnage exalté, exigent, épris de poésie et de littérature, hyperactif, épuisant (même pour le lecteur) et drôle à souhait lui fera retravailler son texte à l’infini.
Blain retranscrit ici fidèlement l’effervescence du cabinet ministériel : égo surdimensionné des politiques, coups bas, urgence et stress des imbroglios diplomatiques tout y est !
Une réflexion inattendue et intelligente sur le langage du politique à lire d’urgence
et par plaisir.

La Syrie en cinquante mots clés, de Barah Mikaïl, éditions L’Harattan, collection « Comprendre le Moyen-Orient », 184 p., 17,50 €.
L'« enfant terrible du Proche-Orient » n’est pas, loin s’en faut, une dictature irrécupérable, selon l’auteur, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques. Les cinquante mots clés retenus vont de « alaouites » à « xénophobie », en passant par « Bachar », « blagues », « France », « feuilletons », « mazout », ou bien encore « prisons ».
A travers ce petit lexique, on apprend beaucoup sur un des pays-charnière du Moyen-Orient, malheureusement insuffisamment étudié en France.

 


Cybermonde. La politique du pire, de Paul Virilio, éditions Textuel, 110 p., 12 €.
L’administration de la peur, de Paul Virilio, éditions Textuel, 93 p., 12 €
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« Avec le passage du rythme artisanal au rythme industriel et du rythme industriel au rythme postindustriel caractérisé par les logiques de synchronisation, nous vivons en direct la perte de la sociopolitique qui a gouverné les hommes depuis toujours. »
On ne lit pas Virilio pour se rassurer sur notre présent –à moins d’avoir été mal orienté- mais plus pour se frotter à une nuée de concepts étranges et provocateurs, loin d’être évidents à saisir de prime abord.
Ces jours-ci les éditions Textuel font paraître deux livres d’entretien avec ce penseur de la ville hypermoderne et de la catastrophe. Il s’y livre à un exercice de pédagogie éclairant sa pensée et certains de ses concepts qui ont dérouté plus d’un lecteur. Ainsi nous les recommandons à tous ceux qui ont eu l'occasion d’être interloqués par des assertions du type : « l’histoire progresse à la vitesse de ses systèmes d’armements » (Vitesse et Politique) ou bien « la ‘vitesse de libération’ du progrès technique fait de nous les DEPORTES d’un genre nouveau qui mène tout droit non pas à l’extermination du GENOCIDE mais au GEOCIDE d’une externalisation du genre urbain et bientôt humain » (Le Futurisme de l’Instant).

Le recrutement, de Emmanuelle Marchal et Géraldine Rieucau, éditions La Découverte (collection « Repères ») 124 p., 9,50 €.
Quels sont les modes d’évaluation des candidats lors d’un entretien d’embauche? Quels sont les repères d’appariement et les méthodes utilisées ? Dans quelles mesures peut-on dire que le jugement des compétences est souvent incertain ?
Ce petit livre vient à point nommé dans le débat sur les discriminations. Il offre également un point de vue intéressant sur l’atonie du marché de l’emploi en France depuis plusieurs décennies.

L’Italie des années de plomb. Le terrorisme entre histoire et mémoire, sous la direction de Marc Lazar et Marie-Anne Matard-Bonucci, éditions Autrement, 450 p., 26 €.
Deux dates encadrent la période des « années de plomb » en Italie : le 12 décembre 1969, date de l’attentat de la Piazza Fontana à Milan qui fit seize victimes et une centaine de blessés ; tandis que la date de clôture se situe en 1982 avec le deuxième démantèlement des brigades rouges consécutif à la libération du général américain de l’OTAN qu’elles détenaient.
Entre ces deux dates charnières une décennie de violence et un processus de radicalisation ont eu lieu, et qui ont laissé de profonds stigmates dans la société italienne ; ceci fait dire à Isabelle Sommier dans son article qu’il s’agit d’une « histoire inachevée ».
Des italianistes de renom se penchent sur ce sujet « incandescent » dans une somme inédite, qui réfute les interprétations toutes faites sur ces mouvements terroristes, qui va des théories conspirationnistes aux explications globalisantes qui voient dans l’Italie un « paese mancato », à la modernité inachevée.

Les métamorphoses du gras : Histoire de l'obésité du Moyen Age au XXe siècle, de Geoges Vigarello, éditions du Seuil, 362 p., 21 €..

Directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, Georges Vigarello retrace, dans cet ouvrage passionnant, toute l’évolution de notre regard sur l’obésité : comment en effet sommes-nous passés de l’envie à la pitié, de l’opulent prestige à la stigmatisation ?
Pourquoi les formes généreuses, synonymes de bonne santé et de prospérité au Moyen-âge, sont-elles désormais « signe de relâchement autant physique que moral » ?
Ce truculent ouvrage, émaillé de références littéraires savoureuses, nous révèle au fil des âges et des modes toutes les techniques et appareillages inventés pour paraître plus mince ou maigrir à tout prix.
Après L’Histoire de la beauté et L’Histoire du corps, voici par le même auteur un nouvel ouvrage de poids contre le dictat de l’apparence…

Les études postcoloniales. Un carnaval académique, de Jean-François Bayart, éditions Karthala, 126 p., 15 €.
Les postcolonial studies, champs d’études en provenance du monde universitaire anglo-saxon dans les années 1990, subissent la charge de JF Bayart dans ce petit opuscule au vitriol. Ce dernier, grand spécialiste de l’Afrique, voit « dans [leur] soudaine promotion et dans la stigmatisation de l’arriération française, des choses comme une stratégie de niche de la part de chercheurs en quête d’une légitimité académique ;une forme de coquetterie à mi-chemin du snobisme américanophile et du masochisme hexagonal ; une façon de réinventer la figure pourtant bien française de l’intellectuel engagé dans de justes luttes ;[…] une technique de marketing de la part des éditeurs qui mettent sur le marché les traductions trop tardives des grandes classiques des postcolonial studies pour tenter de surfer sur les passions politiques du moment ; […] »
Un ouvrage qui ne manquera pas de nourrir un débat académique !

Prospérité sans croissance. La transition vers une économie durable, de Tim Jackson, éditions De Boeck (collection « Planète en jeu »), 247 p., 17 €.
Le temps est-il venu de repenser la croissance ? Dans ce livre Tim Jackson –un conseiller en affaires écologiques au sein du gouvernement britannique- propose une vision crédible d’une société humaine, à la fois florissante et capable de respecter les limites écologiques de la planète. Il s’agit de changer entièrement nos grilles de lecture en matière d’économie.
A moins de pouvoir radicalement baisser l’impact environnemental des activités économiques –et il n’y a aucune indication jusqu’à présent d’une telle possibilité- nous allons devoir concevoir un chemin vers la prospérité qui ne repose pas sur une croissance continue.
Salué comme un véritable manifeste de l’économie du futur lors de sa parution en Angleterre, le livre de Tim Jackson donne des réponses à cette situation inextricable : pourquoi l’impératif demeure-t-il la croissance, alors que c’est elle qui nous tue ?

Dans le même esprit, on lira le dernier essai de Gilbert Rist Songes et mensonges de l’économie ordinaire (17€) paru aux Presses de Sciences Po en mars dernier

Mondialisation : une gouvernance introuvable, Questions Internationales Mai-Juin 2010, éditions La Documentation Française, 9,80 €.
Gouvernance : « chantier de recherche qui concerne les formes de coordination, de pilotage et de direction des secteurs, des groupes et de la société, au-delà des organes classiques du gouvernement » (P. Le Galès, dans le Dictionnaire des politiques publiques, Presses de Sciences Po).
Cette gouvernance mondiale, dont les contours à l’échelle mondiale sont particulièrement difficiles à définir, fait l’objet de ce numéro de questions Internationales.
Au sommaire : Ouverture-Gouvernance : le mot et la chose / L’idée de gouvernance et sa première incarnation : la Société des Nations / Equilibre des puissances ou gouvernance mondiale ? / Du G7 au G20 : vers une multipolarité élargie / De la crise financière à la guerre des monnaies / La nouvelle gouvernance de l’économie et de la finance globalisées / Le conseil de sécurité et les défis de l’insécurité internationale / Changement climatique : les défis d’une gouvernance internationale mondiale.

Et toujours notre opération d'été "Maîtres et disciples" avec entre autres ces nouveaux titres:

 
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