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L’accès aux droits sociaux, de Philippe Warin,
éditions des Presses Universitaires de Grenoble, 168 p,
12 euros.
Cet ouvrage pose une question importante qui est très
souvent occultée : pourquoi des individus, qui ont normalement
droit à des aides sociales, ne demandent-ils pas à en
bénéficier ? Les systèmes de protection sociale, en permanente
évolution, et les politiques de lutte contre l'exclusion,
butent régulièrement sur cette difficulté : ceux qui auraient
le plus besoin des aides publiques pour se réinsérer ne
recourent pas toujours aux prestations qui leur sont destinées.
Le phénomène a été mis en évidence pour la France, mais
aussi à l'échelle européenne, où l’on observe aussi ces
choix d'‘opting-out’. L’ouvrage essaie de fournir des
explications, qui relèvent de la psychologie sociale comme
de l'analyse des politiques publiques en action. On peut
incriminer des défaillances dans les dispositifs d'action
sociale mais il existe aussi des formes de repli volontaire
des individus, qui manifestent une perte de confiance
dans l'offre publique. L'accès égalitaire de tous aux
droits sociaux n'a en fait rien d'automatique.
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| Misè re
de la Ve république, de Bastien François, éditions Points
/Seuil, 215 p, 6 euros.
Pamphlet du professeur de science politique Bastien François
sur les aberrations de la Ve république : un Conseil constitutionnel
omniprésent qui réécrit et interprète comme il l'entend
la Constitution; le poids de la technocratie et des énarques;
l'irresponsabilité du Président; et surtout le recul inquiétant
de l'Assemblée nationale face au pouvoir exécutif. Fait
rare pour essai portant sur le droit constitutionnel,
la prose est vive voire brillante. Mérite le détour, même
si l’on n’est pas chaud pour une VI e République.
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Les dérèglements de l’exception culturelle,
de Françoise Benhamou, éditions Le
Seuil, 350 p, 26 euros.
Au programme de ce livre : les désillusions d'une politique
culturelle à la française , qui a fait les beaux jours
d’un certain modèle, généreux et ambitieux, mais qui a
de plus en plus tendance à rendre les armes.
Tout d’abord, quand on se penche sur certains décrets
ou certaines déclarations
de ministres, la part d’utopie apparaît aujourd’hui évidente.
Force est de
constater que la démocratisation de la culture n’a pas
tenu toutes ses
promesses, malgré le veux pieux du décret de 1959 : "rendre
accessible les
œ uvres… au plus grand nombre." Ce sont les plus diplômés
et/ou les plus
nantis qui bénéficient le plus de l’offre culturelle publique,
à laquelle
chacun contribue pourtant.
Ensuite et contrairement à certaines de ses réalisations,
plus précises et
certainement plus réalistes, le « tout culturel » encouragé
par Jack Lang dans les années 80 relève de l’impasse avec
notammentdeux écueils: une évidente contrainte budgétaire
et le danger de banaliser définitivement la
culture .Un effet pervers du concept lancé par Lang est
l’entrée massive des
arts dans la consommation la plus banale, où tout s’entrecroise,
des programmes
de télévision aux sonneries de téléphone (bref, qu’est-ce
que l’art aujourd’hui ?).
Françoise Benhamou fait encore le constat que les aides
publiques sont non
seulement mal orientées , mais diminuent régulièrement
: la rationalisation des
dépenses se fait au détriment des petites structures qui
cherchent à innover et
à aller vers des territoires méconnus. De fait, la vision
‘régulatrice des
aides’ bénéficie aux institutions qui ont déja pignon
sur rue, et qui sont les
plus conservatrices.
Le mécénat, qui peut certes être une aide précieuse en
matière culturelle, est malheureusement bien souvent atteint
de frilosité lui aussi, et a tendance à ne pas prendre
de risques. Sans compter, comme le
rappelle l’auteure, que privé et public n’ont jamais fait
bon ménage en matière
artistique.
Au delà de cet état des lieux pessimiste, il existe heureusement
des espoirs : ils
passent essentiellement par l’Europe et par la diversité
culturelle.
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Géographie de la colère : la violence à l’ère
de la globalisation de Arjun Appadurai, éditions Payot,
208 p, 21,50 euros.
Ce livre oppose des ‘systèmes vertébrés’ et ‘systèmes
cellulaires’ : les premiers, qui correspondent aux Etats-nations,
ne disparaissent pas mais sont fragilisés par les réseaux
cellulaires. Ces derniers représentent une menace : dans
la langue métaphorique de Appadurai, les sociétés contemporaines
vivraient dansla ‘peur des petits nombres’, expression
qui donne son titre au livre dans sa version anglaise
(The fear of small numbers). Il identifie une
« redoutable symétrie entre le pouvoir des petits nombres
(le caractère central du terrorisme cellulaire et de l’attentat
suicide) et la peur des petits nombres (la faiblesse paradoxale
de la démocratie à l’ère de la globalisation). » Le ‘petit
nombre’ est l’acteur virtuel de la terreur : ceci lui
donne un pouvoir quasi démiurgique, selon
Appadurai. En effet, il peut s’exercer partout et à tout
moment du fait de la
dynamique cellulaire des réseaux. En cela le 11 septembre
2001 a montré les
limites des ‘systèmes vertébrés’ quand la violence globalisée,
cellulaire et
diffuse, peut se jouer des frontières.
En s’appuyant
sur les événements en Inde, au Pakistan et au Bengale
depuis la
fin de la seconde guerre mondiale (conflits ethniques
et religieux), Appadurai
montre ensuite que la question du droit des minorités
est devenue impossible à
gérer. C'st l'un des effets paradoxaux de la mondialisation.
La violence exercée par les Etats sur les minorités, plus
facilement associés à la terreur,s'est accrue tandis que
la globalisation a augmenté la colère et le sentiment
d’injustice des populations. Du fait de la circulation
de l'information à l'échelle globale, ces dernières ont
en effet une plus grande conscience, même s'ils n'y ont
pas accès, des droits de l'homme, et cette prise de conscience
est elle-même source de violence et d’instabilité.
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Les guerres du Paraguay aux XIXe et XXe siècles,
collectif aux éditions Colibris, 605 p, 35 euros.
Ce livre, en plus d'être un très bel objet, est le seul
en France à faire le point sur les deux grandes guerres
américaines contemporaines: celle de la Triple Alliance
(1865-1870) et celle dite du'Chaco'(1932-1935).
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L’Europe
difficile : histoire politique de la construction européenne,
éditions Folio/ Gallimard, 546 p, 8,20 euros.
Troisième édition
d'un ouvrage désormais classique, augmenté entre autres
d'une analyse des 'non' français et hollandais lors des
référendums de 2005.
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Régimes totalitaires et autoritaires, de
Juan J.Linz, éditions Armand Colin, 407p, 27 euros.
Ce livre majeur est l'occasion de découvrir ou redécouvrir l'une des
grandes figures de la sociologie politique à l'échelle mondiale. Le
professeur émérite de l'Université de Yale livre ici une réflexion
sur la nature des régimes non démocratiques et développe la distinction
fondamentale entre les régimes totalitaires et autoritaires.
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Un groupe d’hommes considérables, de Emmanuel
de Waresquiel, éditions Fayard, 502 p, 32 euros.
1814-1830 : durant la Restauration, quelques cinq cents " hommes considérables ",
ducs et pairs d'Ancien Régime, conventionnels et sénateurs d'Empire,
vont détenir la presque totalité des pouvoirs du pays , et représenter
par leur influence, leur richesse et leurs réseaux " l'élite de l'élite
du pays ".
Emmanuel de Waresquiel, biographe de Talleyrand, montre
le caractère paradoxal de cette Chambre des pairs - ancêtre
du Sénat – qui allait acclimater le pays à un régime de
type parlementaire en défendant tantôt les droits de la
nation, tantôt ceux du trône, et incarner pour la première
fois en France les intérêts des régions face au pouvoir
central.
Il enrichit aussi la réflexion sur les élites, et surtout la connaissance
de la pratique parlementaire et de la démocratie tant d’assemblée que
d’opinion.
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Terre urbaine: cinq défis pour le devenir
urbain de la planète, de Thierry Paquot, éditions de la
Découverte, 221 p, 18 euros.
Paru il y a déja quelque temps, cet essai mérite d’être signalé et
d'être lu à plus d’un titre. Thierry Paquot se distingue
par son approche
mêlant des compétences en urbanisme, en écologie et en philosophie.
C’est cet
aspect polyphonique qui donne toute sa richesse et tout son intérêt à ce
livre.
L’auteur recense cinq grands défis à relever en matière d’urbanisme.
· En premier lieu le défi foncier c’est –à-dire les « modalités de
contrôle, de distribution et d’occupation du sol et l’observation de
ses usages
tant privés que publics, individuels que collectifs, communs que personnels. »
De nombreuses défaillances législatives concernant le droit du sol
forcent «
ceux d’en bas » à survivre dans l’inégalité, tandis qu’on assiste à la
généralisation d'enclaves résidentielles. Thierry Paquot voit dans
cette
privatisation de l’espace une grave menace contre la démocratie.
· Ensuite il montre l’importance cruciale des mobilités urbaines ; le choix des
termes est important, car elles doivent être synonymes d’échange, de
communication et non de « bougisme ». Ce défi du « déplacement perpétuel » et
du « branchement à divers réseaux » est selon lui la clé de l’insertion
sociale. A l’heure où Paris va se mettre au vélo loué, après le succès
inespéré
de Lyon (parc de 4000 vélos loués prévu cette année), ce défi doit être
é galement celui de la fin d’une absurde dépendance à l’automobile.
· L’auteur se fait dans le chapitre central l’avocat d’une « écologie
existentielle », qui, à la différence du « développement durable »,
mette
l’accent sur la culture , les langues et le arts. Un détour par les
grands
urbanistes du passé tels que Le Corbusier ou Lewis Munford met en lumière
leur
inspiration de nature utopique. Paquot estime, et ce malgré tous les
travaux
qu’il a consacrés à ce mode de pensée, et malgré la beauté intrinsèque
d’un
concept tel que la ‘cité-jardin’, elle est assez irréaliste : « une
ville
é cologique es t impossible, car aucune ville ne s’autosuffit réellement ».
· Thierry Paquot développe en effet une philosophie qui garde les deux pieds
sur terre, et le travail avec les pouvoirs publics est à ses yeux d’une
grande importance.
Le quatrième défi est donc plus directement lié à la science politique
et à la démocratie participative :d’où l’intérêt de l’ ‘advocacy planning’.
Face aux recompositions territoriales, le politique a un devoir d’adaptation
; mieux, il doit s’inscrire dans « ma géographie personnelle en mille
feuilles ».
· Le dernier défi est le plus philosophique, il concerne la notion d’altérité ;
la ville est ce lieu paradoxal de tous les possibles, es celui où les interactions
sont compromises.
Une bibliographie commentée, loin des sentiers battus, constituant
rien moins qu’un chapitre à part entière, conclue l’ouvrage.
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Les enjeux de la sociologie urbaine, collectif
aux Presses Polytechniques et Universitaires Romandes,
411p, 35 euros.
Seconde édition d’un ouvrage pluridisciplinaire d’une
grande richesse conceptuelle. Il se décline en quatre
parties : s’ouvrant tout d’abord sur les dynamiques urbaines
d’une manière globale, il y revient dans une seconde partie
en questionnant en particulier les mobilités dans la ville
contemporaine, mais aussi la question des identités :
on s’aperçoit que celles-ci peuvent être mises à l’épreuve
par ces nouvelles dynamiques à l’œuvre dans les villes.
Les formes de ségrégations induites par ces fragmentations font l’objet
de la troisième partie. Cet ouvrage savant se conclut sur les différentes
facettes du pouvoir et les modalités de régulation au sein des villes.
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