Quand l'Etat se mêle de l'histoire, de René Rémond (entretiens avec François Azouvi),
éd. Stock, 110 p, 12 euros.

Ces entretiens ont eu lieu suite à la fameuse pétition du groupe d’historiens, dont René Rémond faisait partie, demandant l’abrogation de toutes les lois relatives à l’histoire. René Rémond s’explique sur les raisons de cet engagement avec grande clairvoyance et lucidité, estimant que la Loi Gayssot, « mère de toutes les lois mémorielles », avait amorcé un processus « dont les conséquences risquaient d’être préjudiciables à la liberté de la recherche et à la liberté d’expression », mais que la mise en accusation de Olivier Pétré-Grenouilleau avait été « la goutte d’eau qui fait déborder le vase » ; de fait, même si cette dernière loi n’a pas été retirée, René Rémond a raison d’estimer que cette démarche aura été salutaire, marquant très certainement un coup d’arrêt à la inflation législative. Ces entretiens témoignent de cette défense passionnée du métier d’historien,
Cet ouvrage est aussi et surtout un réflexion ouverte sur le métier d’historien, où l’on trouve à chaque page une réflexion pertinente sur les rapports entre histoire et épistémologie.
Enfin il déborde largement les questions d’histoire stricto sensu, puisque le débat sur le devoir de mémoire (appellation que récuse d’ailleurs René Rémond) est lié à la politique identitaire à l’oeuvre dans notre pays, et plus largement sur la communauté nationale.


 

La mêlée présidentielle, de Michel Winock, éd. Flammarion, 279 p, 18 euros.
A l'heure où nombre d'observateurs jugent que ce système est arrivé à bout de souffle, Michel Winock retrace les origines de l'institution présidentielle française et la bataille qui a présidé à l'instauration de l'élection du président au suffrage universel. Tout en soulignant la spécificité de cette "monarchie élective", il note qu'il est peu probable de soustraire au peuple souverain le droit qu'il a acquis de choisir son représentant suprême. L'éventualité d'un retour aux principes gaulliens, ou bien encore celle d'une VIe république sont envisagées, et donnent lieu à des remarques très stimulantes.

 

 

 

A la conquête du nanomonde : nonotechnologies et microsystèmes, de Dominique Luzeaux et Thierry Puig, éd. Le Félin, 118 p, 10.90 euros.
Les nanotechnologie (à l’échelle du 1/30 000e d’épaisseur du cheveu !) et les macrosystèmes sont-ils une nouvelle « bulle » technologique sans avenir, ou au contraire préparent-ils la révolution technologique et industrielle du 21e siècle ?
L’industrie s’implique de plus en plus dans ce domaine scientifique appelé à métamorphoser l’électronique, la médecine, ou encore la protection de l’environnement. Les responsables politiques des Etats-Unis , du Japon et de l’Europe investissent en masse pour des projets civils et militaires, ce qui donne lieu à une véritable course aux brevets.
Pourtant, ce monde de l’infiniment petit fait débat. En effet cette course aux « nano » risque de creuser toujours plus le fossé entre pays riches et pays pauvres, et pose de nombreuses questions médicales, sociales, éthiques et de propriété intellectuelle. L’impact sur l’environnement et la santé n’est pas établi. Les applications militaires risquent, elles, de relancer la course aux armements et leur prolifération.
Un ouvrage qui apporte des réponses claires sur ces enjeux fondamentaux, dans la collection ‘Echéances’ chez Le Félin.

 

Atlas de la mondialisation, sous la direction de Marie-Françoise Durand, Benoît Martin, Ddelphine Placidi et Marie Törnquist-Chesnier, 2e édition augmentée, éd. Presses de Sciences Po, 158 p, 23 euros.
Forte du succès de la première édition, l'équipe du fameux atlas a décidé de faire une seconde version de cet ouvrage de référence. Il a entièrement été mis à jour, enrichi de 16 nouvelles doubles pages et de plus de 100 cartes et graphiques. Fruit d'un travail d'équipe autour d'un enseignement phare de Sciences Po ('Espace mondial'), il est conçu dans le but d'apporter de nouvelles grilles de lecture pour comprendre le phénomène éminemment complexe qu'est la mondialisation.

 

 

 

 


La justice pénale internationale, de Salvatore Zappalà, éd. Montchrestien, 152 p, 19 euros.
Déportations, tortures, viols, " nettoyages ethniques ", meurtres de civils, exécutions de masse : ce sont quelques-uns des " crimes internationaux " que la communauté internationale n'arrive souvent pas à empêcher. Pour punir et mettre un frein à ces atrocités, tout au long du XXe siècle (à partir du Traité de Versailles de 1919, en passant par Nuremberg, Tokyo et l'expérience des tribunaux ad hoc pour l'ex-Yougoslavie et pour le Rwanda), divers mécanismes judiciaires ont été mis en place pour faire valoir la responsabilité pénale individuelle des auteurs de violations graves du droit international. Par la création, avec le traité de Rome de 1998, de la Cour pénale internationale, la communauté internationale s'est finalement donné les moyens de rendre plus efficace le châtiment des crimes internationaux. Cet ouvrage présente et décrit les mécanismes de fonctionnement de ce système de justice pénale internationale, ses enjeux, les difficultés juridiques et politiques qu'il rencontre, ainsi que les défis qu'il doit affronter pour mettre véritablement fin à l'impunité.

L’Allemagne de Berlin, semblable et différente (nouvelle édition augmentée), de Alfred Grosser, éd. Alvik, 280 p , 19 euros.
Voici la réédition augmentée d’un excellent livre dont l'auteur est, ce depuis une cinquantaine d’années, l’un de nos meilleurs connaisseurs de l’Allemagne. Les questions institutionnelles, économiques, sociales, sont toutes abordées avec une égale rigueur, sur un mode comparatif avec la France, ce qui fait de cet ouvrage le meilleur des guides de civilisation sur la république de Berlin pour un public français. A titre d’exemple, Alfred Grosser voit un parallèle entre la France et l’Allemagne concernant les aspects commémoratifs : les Allemands « par choix ou sous la pression de doigts accusateurs, ne cessent de regarder en arrière , de se soucier du contenu de la mémoire allemande. Mais en France le souci du passé est de plus en plus présent.[…] En Allemagne et en France, on a plus de mal qu’ailleurs , qu’ aux Etats-Unis, par exemple, à se détourner du passé, à parler en termes de projets plutôt que de regrets, alors que les deux pays ont connu, au cours des dernières décennies, des transformations prodigieuses, et , sur la plupart des points, forts semblables ».

L’Amérique à Bruxelles de Florence Autret, éd. Seuil, 18 euros.
Ce livre, écrit par une spécialiste des lobbies, groupes d'influence sévissant en particulier à Bruxelles, propose une analyse des politiques menées par les institutions et les entreprises américaines pour influer sur les décisions prises à la capitale belge. Florence Autret insiste sur l'habileté des intérêts américains à franchir les barrières institutionnelles et évoque les Etats-Unis comme le 26e Etat de l'Union, celui contre lequel l'Europe se fait : tantôt sous son impulsion, tantôt en opposition à ses tentatives hégémoniques.

 

 

Aux origines de la corruption : démocratie et délation dans la Grèce ancienne, de Carine Doganis, éd. PUF, 225 p, 26 euros.
Dans notre société en crise, référence est souvent faite à la démocratie athénienne, vu comme un âge d'or de l'engagement des citoyens, de la participation aux affaires publiques, du débat constructif permettant à tout un chacun de prendre la parole. Pourtant, la démocratie antique, généreusement idéalisée, peut également servir de modèle par ses dérives, ses défaillances et ses crises pour mieux comprendre le politique aujourd'hui.

Cet ouvrage s'attache à montrer comment la sycophantie - pratique abusive de l'accusation publique volontaire inhérente à la démocratie grecque- a largement participé à la corruption du système, et en quoi les dysfonctionnements du modèle athénien ne sont pas moins instructifs que ses réussites. Carine Doganis explique qu’il y a un paradoxe dans cette crise dans la cité antique puisque l’institution de la syncophantie était conçue à l'origine comme éminemment démocratique, et en quoi on pourrait bien retrouver cette « corruption de l'idéal d'une société de confiance » dans nos sociétés contemporaines.
Ce livre pourra être lu au regard du récent livre de Pierre Rosanvallon, La contre démocratie, qui analysait des modes de prises de paroles citoyennes dans des démocraties plus modernes, vécues comme des déficits démocratiques, et dont les conclusions sont très proches.

 

 

Des hommes ordinaires : Le 101e bataillon de la police allemande et la Solution finale en Pologne, de Christopher Browning, éd. Tallandier (collection ‘Texto’), 366 p, 8 euros.
Ce livre mémorable, dont la lecture ne laisse pas indemne, est réédité dans la nouvelle collection ‘Texto’, qui propose de (re)découvrir des ouvrages d’histoire majeurs, écrits sous la forme de récits.
Des hommes ordinaires, comme le souligne Pierre Vidal Nacquet dans son introduction, est un texte se situant au premier rang de l’histoire contemporaine, et plus précisément, dans ce que l’on appelle la « micro-histoire »:une histoire qui aborde les fait passés au niveau le plus humble, celui d’un individu ou d’une petite communauté - ici, un bataillon. L’enquête terrible qui nous est proposée de suivre cherche à établir comment des policiers de réserve, ceux du 101e bataillon de la police allemande, en sont venus à faire plus de 83000 victimes en seize mois (dont 38000 assassinés sur-le-champ). Tout l’enjeu de ce livre tient dans le titre : ces hommes étaient ordinaires : ils n’avaient rien de nazis militants ou de racistes fanatiques. Le lecteur en est d’autant plus : en apprenant à connaître les protagonistes individuellement, dans leur psychologie intime, toute explication globale de meurtres de masse est évacuée, et l’on s’aperçoit bien que ce sont les particularismes de chacun qui amènent à la catastrophe finale.
Indépendamment du récit de Browning, la postface de ce livre –signée du même auteur- est également d’un grand intérêt historiographique. Elle porte sur la controverse qu’a suscité Des hommes ordinaires notamment avec l’autre historien de la Shoah, Daniel Jonah Goldhagen. Ce dernier a étudié dans son livre controversé Les bourreaux volontaires de Hitler le même groupe d’hommes pendant la même période. Ses conclusions sont radicalement différentes : tous les hommes du bataillon 101 n’étaient précisément pas ordinaires et avaient les pré-requis culturels nécessaires pour le massacre, et range toute l’Allemagne de Hitler sous une seule rubrique : l’ « antisémitisme éliminatoire ». Les réfutations de Goldhagen par Browning sur des points de méthodologie font de cette postface une véritable leçon d’historiographie.

Nourrir l'humanité : les grands problèmes de l'agriculture mondiale au XXIe siècle, de Bruno Parmentier, éd. La Découverte, 275p, 22 euros.
Ce livre propose une analyse des enjeux présents et futurs des "politiques agricoles", et une anticipation des défis majeurs liés aux contraintes qui vont de plus peser sur l'agriculture mondiale. C’est un secteur, qui, selon l’auteur est loin d’être « ringard », et va redevenir au centre des préoccupations mondiales au Nord comme au Sud.
L'auteur nous rappelle que l'efficacité de la production de biens alimentaires risque d'être enrayée dans le futur: jusqu’à maintenant elle s'est exercée uniquement dans des conditions favorables où les ressources sont abondantes; l'homme doit maintenant apprendre à produire "à la fois plus et mieux, mais avec moins": moins d'eau, moins de sol, moins d'énergie, moins de chimie, etc.
La réduction de la biodiversité et le réchauffement de la planète sont également des contraintes inéluctables : toute réflexion sur le devenir agricole doit les prendre en compte, comme le fait cet ouvrage.
Toutes les facettes sont abordées dans un esprit très pédagogique, et rend cet outil de réflexion très instructif. On peut simplement regretter les conclusions trop tranchées sur les OGM, en l'état de recherches : l’intervention de l’homme dans le matériel génétique des plantes et des animaux est vue comme porteur d’espoirs « absolument considérables ».

 

Regards croisés sur l’économie

Créée par un groupe d'élèves de Sciences Po et autres universités et grandes écoles françaises, la revue a pour ambition de faire un tour d'horizon synthétique mais aussi complet que possible sur un sujet central dans les débats politiques.
Le premier numéro porte sur la fiscalité et propose 21 articles originaux, écrits par des grands spécialistes, des professeurs et des jeunes doctorants et complétés par de nombreux encadrés écrits par la rédaction de Regards Croisés sur l’Economie. Vous pourrez y trouver notamment des contributions originales, entre autres, de Pierre Rosanvallon (professeur au Collège de France), Jacques Le Cacheux (professeur d'économie à Sciences Po), Bruno Palier (Professeur à Sciences Po dans le master de recherche de politiques publiques), Serge-Cristophe Kolm (important économiste et spécialiste de justice sociale).

 
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