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Le choc des préjugés, de Caroline Fourest, éd. Calmann Lévy, 241 p, 18 euros.
Caroline Fourest, auteur notamment de La tentation obscurantiste (prix du livre politique en 2005), change de registre et de terrain dans son dernier ouvrage, tout aussi percutant. Ce dernier entend explorer cette "nouvelle ligne de démarcation" que constitue la "question de la sécurité", de part et d'autre de laquelle deux France s'affrontent ou se menacent : celle qui a peur et ne veut voir dans les cités de banlieue que le creuset d'une délinquance - d'une "racaille" - inquiétante, voire le terreau d'un terrorisme islamiste ; et celle qui fait peur mais dénonce les discriminations, le mépris et le racisme dont elle s'estime victime . »
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Petite philosophie de la course au pouvoir, de Christian Lamoure, éd. Milan, 91 p, 11 euros.
L’élection présidentielle est un rite démocratique offrant l' image d’une course au pouvoir sans merci. Christian Lamoure, dans ce petit essai plein d’ironie, tente de décrypter les us et coutumes de la tribu politique à l’approche des élections : « Ne jamais se décourager », « Savoir se faire désirer », » « Serrer des mains », « Avoir réponse à tout », « Ecrire un livre (au moins) ». Ce faisant il pointe la part d’illusion du rite électoral : « sans cette illusion (celle d’une nécessité providentielle présidant à la destinée des candidats) impossible de se lancer dans cette quête –gouverner les autres- dont le caractère grotesque et absurde sauterait aux yeux….. Les hommes politiques sont des fous qui ont réussi, c’est-à-dire qu’on laisse libre de vaquer à leur folie. »

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Economie Politique, de Edmund S. Phelps, éd. Fayard, 729 p, 45 euros.
Fayard publie pour la première fois dans sa version intégrale le manuel de Phelps, professeur à l’Université de Columbia et prix Nobel en octobre dernier. L’Académie a couronné un économiste qui a contribué à la plupart des avancées théoriques importantes de l’analyse économique, avec notamment l’introduction des anticipations et des problèmes d’information incomplète dans l’analyse des comportements et des fluctuations économiques. Selon la vénérable institution, il a compris que « l’inflation ne dépend pas seulement du chômage, mais aussi des anticipations des entreprises et des employés sur les hausses de prix et de salaires… » et qu’il était possible de concilier inflation basse et chômage bas. Récemment, il n’a cessé de se prononcer contre les théories de l’administration Bush, en défendant la subvention des bas salaires et une fiscalité élevée qui assure la base de l’Etat Providence.
Phelps, que l’on peut qualifier de néo-keynésien, s’est longuement penché sur les problèmes de justice sociale, sur le bien-être des défavorisés, comme on peut le lire dans ce livre, ou bien encore sur le marasme européen.
C’est une pensée peu orthodoxe que l’on découvre ou redécouvre dans ce manuel classique : pour preuve, la terminologie employée dans ses chapitres, où l’ « économie Gothique » le dispute avec l’ « économie Baroque », à moins que l’on ait affaire à des « Rebellions romantiques ».

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Guide du maintien de la paix, sous la direction de Jocelyne Coulon, éd. Athéna, 278 p, 20,40 euros.
Depuis 50 ans, les casques bleus jouent un rôle majeur dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Leur succès est tel qu'il a inspiré de nombreuses organisations internationales et régionales. Aujourd'hui 30 missions de paix, conduites par différentes organisations ou groupes d'Etats, existent de par le monde. Cette multiplication des missions soulève toutefois une question : qu'est-ce au juste qu'une opération de paix ?
En effet, les paramètres fixés pour la création des missions de paix ont évolué ou changé : les missions actuelles recouvrent de nombreuses pratiques qui vont du maintien à l'imposition de la paix (on sait les controverses actuelles sur la notion de ‘nation building’ : un des articles intitulé « Le maintien de la paix et le maintien de l’ordre impérial » est là pour nous le rappeler). A l'occasion de la cinquième édition du Guide du maintien de la paix, neuf chercheurs et militaires font le point.

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Comprendre
la chine d’aujourd’hui, éd. Perrin, 312
p, 20 euros.
Jean-Luc Domenach, directeur de recherche au CERI, et ancien directeur scientifique de Sciences Po, s'est rendu à Pékin en 2002 pour créer l'antenne franco-chinoise de sciences humaines. Cela lui offrait un accès unique à la société chinoise. Depuis plus de quatre ans, il a eu l'occasion rare de travailler et de vivre dans un univers chinois. Il en a profité pour regarder, écouter, discuter, et il a régulièrement noté ses impressions. Le sinologue érudit raconte des rencontres, des anecdotes, des spectacles auxquels il assiste avec un regard qui combine la sympathie et l’exigence critique. C’est cette attention aux petites choses, largement évincées d’ordinaire dans le langage académique, qui fait tout l’intérêt de ce livre.
Corée
du Nord, état voyou, de Pierre Rigoulot, éd.
Buchet Chastel, 145 p, 14 euros.
Pierre Rigoulot, l’un des meilleurs connaisseurs de ce pays, présente ici une version actualisée de son livre publié en 2003. Il revient sur l’histoire ce pays, dénonce les pratiques répressives en place et met en lumière les pratiques plus que douteuses de Pyongyang – trafics divers, ventes d’armes soutien au terrorisme international, etc. - alors que paradoxalement le pays ne survit paradoxalement que grâce à une aide internationale massive. Enfin il fait le point sur le chantage à l’arme atomique exercé par le pouvoir nord-coréen.
Géopolitique
de l’Australie, de Fabrice Argounès, éd.
Complexe, 144 p, 14,50 euros.
Dans la très bonne collection ‘Géopolitique’, voici une nouveauté sur l’Australie. Dans un ouvrage concis le point est fait sur les grands enjeux du pays-continent (et plus largement du Pacifique Sud) : gigantisme géographique et faiblesse démographique, surpuissance régionale pour l’Océanie et nain diplomatique aux yeux du reste du monde.
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Etat
de l’Union Européenne 2007 : L’Europe
des biens publics, sous la direction de Jean-Paul Fitoussi
et Jacques Le Cacheux, éd. Fayard, 300 p, 23 euros.
Ce rapport est toujours très attendu, notamment cette année après avoir fait l’impasse l’an dernier. Les chercheurs de l’OFCE se montrent une nouvelle fois à la hauteur de la tâche, en apportant une contribution à la reconstruction européenne tant espérée dans notre pays. Le livre ouvre sur un ‘Manifeste pour l’Europe des biens publics’ plus que bien venu : ils est l’occasion d’une nouvelle charge à l’encontre de la BCE et de la politique budgétaire européenne, entravant la mise en place de la stratégie de Lisbonne et plus largement la définition et la fourniture des « biens publics européens » (plein emploi, croissance, progrès de la connaissance et de sa transmission, services publics, protection de l’environnement, indépendance énergétique). On mesure l’ampleur de la tâche et surtout l’urgence d’une réforme institutionnelle qui puisse redonner des marges de manœuvre au politique.
Les divers chapitres qui suivent viennent prolonger et étayer ce ‘manifeste’. C’est notamment l’occasion de revenir sur les résultats des référendums sur la constitution européenne, et de regarder les préférences collectives des Européens en matière économique : les ‘petits’ pays sont-ils avantagés dans la construction européenne et en quoi ? On se rend compte que les 'petits' ont de réels avantages par rapport aux ‘grands’.
D’autres part il révèle le rôle de l’Allemagne dans la zone euro, ses stratégies non-coopératives et leur caractère potentiellement destructeur au sein de cette zone.

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L’extrême gauche, moribonde ou renaissante, sous la direction de Dominique Reynié, éd. PUF, 228 p, 15 euros.
Un ouvrage très dense sur l’extrême gauche française, très utile pour comprendre son influence dans la société française. Parmi les excellents articles arrêtons-nous sur trois d’entre eux.
Dominique Reynié et Marc Lazar soulignent tous deux la diffusion des idées d’extrême gauche dans la culture politique des Français, et en particulier dans l’ensemble de la gauche.
Le premier, dans son article d’introduction, pose la question de l’utilité de l’extrême gauche dans le monde qui vient et conclut dans l’analyse des votes, « son rôle n’est jamais déterminant sauf pour favoriser la défaite de la gauche.[…] L’extrême gauche va mieux quand la gauche va mal. Cela ne fait pas une politique ». Ainsi, même si son électorat s’est fortement élargi ces dix dernières années, elle ne constituerait qu’une force passive, enfermé dans le seul horizon de la contestation. Paradoxalement elle représente la « gauche pure » : c’est son état de minorité électorale qui lui donne ce titre car c’est la frange de la gauche qui n’a pas abdiqué face au nouvel ordre économique.
Le second analyse dans son article l’ampleur mais aussi les limites de ce qu’il appelle la « gauche de la gauche » et dont la vulgate pénètre des secteurs très larges de la société française, y compris le PS. Ce dernier glisserait vers la gauche radicale, mais dans un rapport non dénué d’ambiguïté, notamment vis-à-vis de l’héritage du totalitarisme communiste. Les inconsistances économiques sont également abordées, le PS n’ayant su jusqu’à présent, à la différence des autres partis socialistes d’Europe, déboucher sur une vision cohérente de réforme, écartelé entre un projet de transformation radicale (flirt avec le PC) et une gestion prudente et gestionnaire quand il est aux affaires. M. Lazar observe également que c’est dans la fonction publique et en particulier dans les milieux enseignants du primaire et du secondaire que l’on trouve les « meilleurs terrains d’observation à la fois de l’épanouissement et des effets de la nouvelle vulgate de gauche ». S'il montre une réelle peur de déclassement social, ce discours ne peut s’épanouir qu’en raison d’un manque de réponse articulée des autres acteurs politiques. Enfin, il est dénaturé, voire instrumentalisé par des segments de la de population qui s’en emparent ponctuellement afin d’obtenir des avantages ou des protections en aiguillonnant la gauche du gouvernement, sans pour autant adhérer à la rupture radicale que propose cette vulgate.
Corinne Deloy, dans son article sur le mouvement altermondialiste français, se demande s’il est un défenseur des acquis sociaux ou porteur d'un projet de société : c’est la question de sa légitimité qu’elle pose. Ce mouvement doit selon elle faire face à ses contradictions : en particulier, elle souligne que ses militants, « s’ils refusent de s’inscrire dans les cadres partisans traditionnels, représentent cependant, par leur capital social et culturel comme par leur statut socioprofessionnel, une élite parfaitement intégrée dans la mondialisation, très protégée au niveau national et finalement beaucoup plus proche des gouvernants que des dominés ». Leur programme, qui vise avant tout les catégories populaires, n’a pourtant pas réussi à les convaincre et donc encore moins à les représenter.
Même s’ils ont réussi à faire de la mondialisation un nouvel enjeu international, le succès de leur mobilisation apparaît mitigé : ils sont aujourd’hui confronté à une crise d’identité, ayant à choisir entre un élargissement de leur base (ce qui peut vouloir dire une atomisation de leur revendications) et un approfondissement (au-delà de la contestation, être précis dans des propositions susceptibles d’être approuvées par une majorité.)
L’article apparaît un peu sévère sur un mouvement qui forme une large part du tissu associatif en France, et qui, quoique très éclaté, apporte une réelle expertise dans des domaines donnés.
Avec aussi des contributions de Christophe Broquet, Eddy Fougier, Guy Roux, Achim Pfeuty, Christine Pina et Vincent Tiberj.

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Après le conflit, la réconciliation ? Sous la direction de Sandrine Lefranc, éd. Michel Houdiard, 346 p, 30 euros.
Publication des Actes d’un colloque organisé les 12 et 13 décembre 2005 à l’université de Nanterre-Paris X. Ce livre s’intéresse à des « politiques qui, après une période de violence ouverte, visent à produire de la coexistence ».
Les diverses interventions soulèvent des questions à la confluence de plusieurs disciplines (science politique, sociologie, anthropologie, philosophie), étudiant différentes zones géographiques (la Bosnie-herzégovine, le Kosovo, le Chili, le Maroc, le Timor Oriental, le Sénégal), et à différentes époques.
Les politiques abordées sont elles aussi très diverses : l’écriture et la diffusion d’un récit historique commun (comment construire un récit distinguant victimes et coupables quand le propre des histoires nationales est de mettre en avant une unité, voire une unanimité), les réparations aux victimes et les sanctions des coupables, la lutte contre les préjugés sur l’adversaire.
Sont également questionnées l’institutionnalisation de la coexistence dans le cadre des administrations, ou bien l’organisation de dialogues sous diverses formes (celle aujourd’hui canonisée d’une commission vérité, chargée d’élaborer un récit tenant lieu de « vérité » – cf Chili, Argentine, Afrique du Sud -, ou celle plus locale et discrète du dialogue entre « gens ordinaires ».)
Ce livre érudit est dirigé par Sandrine Lefranc, spécialiste des problématiques du pardon et de la réconciliation, déjà auteur du passionnant Politiques du pardon, Prix philosophie en 2003.

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John F. Kennedy, de André Kaspi, éd. Complexe, 370 p, 19,90 euros.
Une biographie nuancée de John F. Kennedy qui nous aide à mieux percer les mystères qui entourent, encore aujourd'hui, cette personnalité complexe.
John F. Kennedy a été assassiné il y a près d'un demi-siècle. Il ne cesse pourtant d'être présent dans nos mémoires. C'est que, sur l'homme, sur sa politique, sur sa tragique disparition, l'ombre du mystère continue de planer. Mystérieux, cet assassinat dont on ne finit pas de résoudre l'énigme. Surprenante, cette carrière politique dont la réussite repose sur le charme et l'intelligence, sur le goût de la publicité et le souci de l'image, sur d'énormes dépenses, sur un " libéralisme " prudent et tâtonnant. Complexe, cette personnalité qui résiste aux analyses simplistes. Aux Etats-Unis, comme à l'étranger, la fascination reste pour un président qui n'a exercé ses fonctions que pendant mille jours, pour une famille qui a formé un clan, connu bien des vicissitudes et des drames, suscité l'inlassable curiosité des médias et de l'opinion publique. Kennedy aurait-il inventé la politique moderne ? Sert-il de modèle à celles et à ceux qui aspirent au pouvoir suprême ? A-t-il bouleversé la société et la politique étrangère de son pays ? Parmi ses petits-enfants, ses neveux et ses nièces, verra-t-on un jour surgir un successeur qui incarnera la vigueur de la dynastie ?
Autant de questions qu'il est légitime de poser. Mais les réponses doivent être précises, nuancées, étayées. André Kaspi tente d’établir des conclusions solides, tout en reconnaissant que l'histoire se heurte parfois au mythe et qu'en fin de compte le mythe fait partie de l'histoire.
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Le plein s’il vous plaît, de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, éd. Seuil, collection ‘Points sciences’, 192 p, 6,50 euros.
Ce petit livre salutaire, écrit dans un style vif et drôle, fut à l’origine avec Nicolas Hulot du désormais fameux ‘Pacte écologique’.
Les auteurs établissent clairement que les découvertes de réserves n’ont cessé de décroître depuis les années 60 ; nous connaissons de mieux en mieux l’ordre de grandeur des ressources planétaires (ceci vaut également pour les ressources en gaz ‘naturel’ ) : la décroissance de la production pétrolière sera inéluctable dans moins d’une génération. Ils s’attachent ensuite à en tirer les conclusions qui s’imposent.
Ils proposent dons un « sevrage énergétique volontaire », autrement plus souhaitable qu’une évolution involontaire, avec de redoutables conséquences si l’on suit leur métaphore de l’addiction au tabac. Le deuxième point important est que cette réduction devra être régulée en établissant une taxe progressive et permanente sur toutes les énergies fossiles ; cette taxe est le moyen le plus efficace pour diminuer la surconsommation énergétique, réduire les émissions de gaz à effet de serre et maintenir la biodiversité. Elle devrait être située à minima à l’échelle européenne, mais « il serait souhaitable qu’une telle démarche devienne progressivement mondiale, harmonisant ainsi le niveau de taxe pour éviter le ‘différentiel de compétitivité’ pour les industries qui peuvent facilement se délocaliser ».
Le pendant de ce changement en profondeur dans nos comportements est une critique radicale du PIB, de la croissance, et généralement de la comptabilité et de la comptabilité nationale, accusés d’être désormais ‘faux’ après avoir été longtemps ‘vrais’ : ils sont « incapables de tenir compte des dégâts futurs, et donc incapables d’intégrer une évaluation sensée des dommages que nous subirons demain du fait de nos actes d’aujourd’hui ». On sait les critiques auxquelles se prêtent ces positions, et c’est là qu’il y a le plus à faire, selon le auteurs.

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Sarkozy vu d’ailleurs, Revue La vie des idées n°19, éd. Seuil, 93 p, 7,50 euros
Un très intéressant numéro de La vie des idées, entièrement consacré à Nicolas Zarkozy et à la façon dont il est perçu par les pays étrangers. "Son atlantisme, sa proximité idéologique avec les droites les plus dures d’Europe et d’Amérique, sa conception du fait religieux, son libéralisme autoritaire, son manque d’intérêt pour les politiques européennes, sa boulimie et son opportunisme médiatique, la distance qu’il n’a cessé de creuser avec la jeunesse défavorisée... Autant de traits qui ne sont pas tous pris en mauvaise part dans les différents pays concernés, voire explicitement mis en valeur, mais qui valent surtout par leur récurrence." (Thierry Pech dans sa présentation)

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