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Le
monde selon Telos, présenté par Zaki
Laïdi, PUF, 340 p, 25 euros.
Un an près son lancement sur internet, l’ «agence intellectuelle» Telos, un réseau qui
regroupe 150 universitaires apportant leur contribution
à ce site internet qui est devenu rapidement célèbre,
sort ses chroniques journalières en version papier
aux éditions PUF, avec une présentation de
son maître-d’œuvre Zaki Laïdi. Conçue
pour faire «surgir le débat académique
dans le débat public», l’agence Telos
affiche ses volontés réformistes, dans un
volume se déclinant en deux grandes parties : ‘La
préférence française pour l’immobilisme’
et ‘Un monde qui change’.
Cette
parution a le grand mérite d’apporter une contribution
riche et plurielle aux débats actuels notamment en
vue d’élection qui nous attend. Elle ne manquera
pas d’être critiquée, notamment du fait
de la grande diversité de ses points de vue, mais
on pourra répondre que cette démarche n’est
pas dogmatique, et à l’encontre de bon nombre
d’autres parutions, n’impose rien à penser.
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Sortir du pessimisme social: Essai sur l'identité de la gauche, de Zaki Laïdi et Gérard Grunberg, éd. Hachette Littératures/Presses de Sciences Po, 2007, 239 p,19 euros.
Dans cet essai les deux auteurs examinent de façon critique l'héritage de la gauche française et cherchent quels sont les ressorts de la 'négativité' qui la minent, afin d'y trouver des solutions et d'en sortir.
La genèse de ce pessimisme est située dans la critique du marché de Pierre Bourdieu, et à son soutien inconditionnel de l'Etat, vu dès lors commme le dernier rempart contre le capitalisme par une frange importante de la gauche. Mais cette idéologie est vigoureusement critiquée ici puisqu'elle est est associée à l'autoreproduction (des acquis comme des inégalités) et au déterminisme. A ce type de 'regard' (p 125) est opposée la 'société du risque' théorisée par le britannique Anthony Giddens : le risque est envisagé de manière positive, comme un vecteur d'opportunités.
L'ouvrage fait ainsi la généalogie théorique, mais aussi politique, du pessimisme social. En effet, le refus du déterminisme du 'tout-Etat' suppose aussi une complète redéfinition du champ politique, ce à quoi s'emploient les auteurs. Certains des chapitres s'apparentent à un 'J'accuse' lancé à l'encontre de la gauche française, tant la critique est vive. On a par exemple la démonstration qu'il existe des inégalités de marché mais aussi certaines créées par l'Etat, et que le modèle social français, en protégeant certains salariés 'établis', contribue à l'exclusion d'autres personnes à la recherche d'emploi. La gauche est ainsi taxée de 'clientélisme' (p 135) puisque la remise en cause de ses politiques sociales supposerait également de s'attaquer à certains intérêts catégoriels.
Le spécialiste de la mondialisation qu'est Laïdi situe le débat à l'échelle globale : faute d''aggiornamento' la gauche ne peut que continuer à faire jouer la France en dehors du jeu mondial, un jeu dont les concéquences sont devant nous, prévient-il. Alors le grand changement aura-t-il lieu avec Ségolène Royal ? Sans donner de véritables réponses, les très intéressantes pages qui lui sont consacrées constituent l'une des premières interprétations du "ségolisme".
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| Les
habits neufs de la droite française,
de Alain Bergounioux et Caroline Werkoff-Leloup, éd.
Plon /Fondation Jean-Jaurès, 2006, 10 euros.
La ‘droite française’ du titre signifie en fait Nicolas Sarkozy. Les auteurs, qui travaillent tous deux aux Etudes du Parti Socialiste, tentent de définir le ‘sarkozisme’, à partir d’une solide documentation basée sur les livres et discours du candidat à la présidentielle. Si le concept existe, il relève plus d’une rhétorique que d’une doctrine : essentiellement une ‘culture du conflit’ consistant à se situer au milieu d’une controverse, afin d’ insister sur le ‘ressenti’ de l’opinion. C’est cette tendance à déplacer le débat vers des abstractions symboliques –sentiments, perceptions- qui échappent à toute argumentation rationnelle, et cette volonté d’afficher une relation privilégiée avec le ‘peuple’ que les auteurs jugent dangereuses. |

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La
mondialisation est-elle un facteur de paix ? Philippe
Martin, Thierry Mayer, Mathias Thoenig, éd. de la
Rue d’ULM, 56 p, 3
euros.
Il faut signaler cette petite collection d’un groupe
de chercheurs en économie, le CEPREMAP, qui sort
ici son troisième titre après une étude
sur l’assurance maladie et une autre sur la flexicurité
danoise. Ce dernier tire est lui aussi très bien
venu puisqu’il étudie les liens ambigus entre
commerce international et guerres. Une problématique
bien connue mais qui gagne a être envisagée
d’un point de vue strictement scientifique, qui est
le crédo de cette collection.
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Les
universités sont-elles solubles dans la mondialisation
? Sylvain Kahn et David Davidenkoff, éd. Hachette
Littérature, 216 p, 18 euros.
Une autre publication observant les effets de la mondialisation, cette fois-ci en rapport avec les universités.
Les deux auteurs, l’un journaliste et l’autre
prof à Sciences-Po, se demandent comment cela se
fait–il que l’enseignement supérieur
en France en soit arrivé là où il est
? Pourquoi, alors que de l’avis de tous, les chercheurs
en France sont hautement qualifiés, assiste-t-on
à la fameuse «fuite des cerveaux» ?
Justement, si les chercheurs français s’expatrient
en masse, c’est bien qu’ils sont recherchés
ailleurs. La qualité des thèses françaises
est d’ailleurs une prouesse au regard du manque de
moyens. Ce dénuement est à l’origine
de cette fuite mais aussi du délabrement des laboratoires
et des infrastructures en général. Il trouve
son explication notamment, nous expliquent les auteurs,
dans les mentalités, qui en France, ne sont pas suffisamment
tournées vers l’ «économie de
la connaissance». L’ouvrage, d’un ton
très alerte, propose ainsi nombre de pistes et démonte
quantité d’idées sur le soit-disant
modèle français, ici celui de l’enseignement.
Citoyenneté
et Emigration, Les politiques du départ, sous
la direction de Nancy Green et François Weil, éditions
des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 277 p, 22 euros.
Un livre qui s’intéresse aux phénomènes
d’émigration, souvent négligés
par la recherche au profit de l’immigration, mais
qui sert pourtant à définir l’identité
d’une nation. L’ouvrage met l’accent sur
les migrations libres des XIX et XX siècles de la
Chine à l’Europe et au continent américain.
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La démocratie à l’épreuve, de Dick Howard, éd. Buchet-Chastel, 2006 , 20 euros.
Le philosophe américain Dick Howard, auteur notamment des Origines de la pensée politique américaine, nous livre de passionnantes chroniques qu’il a tenues de façon hebdomadaire depuis la réélection de Georges W. Bush. Elles portent sur la vie démocratique aux Etats-Unis («comment une Amérique démocratique a–t-elle pu faire un tel choix ?»), en parlant de la réélection) et sur la l’administration Bush, qu’il qualifie de ‘sainte dictature’.
Mais surtout, refusant l’analyse normative et désincarnée chère à la philosophie américaine depuis John Rawls, Howard s’efforce de comprendre la vie de la démocratie américaine en philosophe, tantôt en soulignant les tentations bonapartistes d’Arnold Schwarzanegger, tantôt s’interrogeant sur la volonté de Bush de récréer la figure de l’ennemi. Lors d’une chronique, il note encore que suite à l’ouragan Katrina, des voix pessimistes parlaient d’un retour à l’état de nature hobbesien, sous-entendant par là qu’il faut accroître le pouvoir de l’Etat.
Ce grand observateur de la vie politique américaine avait été tenté d’écrire un roman, mais ces chroniques réussissent tout autant à capter le vécu des américains dans ces temps difficiles. |

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La
raison des nations, réflexions sur la démocratie
en Europe de
Pierre Manent, éd. Gallimard, 2006, 11 euros.
Ce livre est paru voici quelques mois maintenant, mais comme il s’agit d’une des parutions les plus importantes de ces derniers mois, c’est pourquoi je l’inclue dans cette lettre d’infos.
Dans son avant-propos, Pierre Manent s’excuse du caractère non méthodique et désordonné de ses remarques. Mais si toutes les parutions étaient aussi intelligentes et stimulantes que ce petit livre, le manque de méthode deviendrait une vertu cardinale !
Il s’interroge sur ‘l’effacement, peut-être le démantèlement, de la forme politique qui, depuis des siècles, a abrité les progrès de l’homme européen, à savoir la nation', et comment cet effacement, qui a accueilli et nourri la démocratie, menace aujourd’hui celle-ci. Il met également en évidence la situation paradoxale de la religion dont on ne cesse d’annoncer la fin imminente alors même que les séparations religieuses organisent de plus en plus notre paysage politique. On trouve également dans ce livre un parallèle éclairant entre Israël et l’Europe dans leur rapport au concept de nation.
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La
contre-démocratie, de Pierre Rosanvallon, éd.
du Seuil, 350 p, 21 euros.
Le projet de ce livre est d’élaborer «une théorie renouvelée des formes de la démocratie
à travers l’observation minutieuse de l’univers
contre-démocratique». Cet «univers» est le signe tangible d’un pluralisme de la
vie démocratique dans lequel la société
civile se reconnaît en tant que telle une légitimité
politique et se définit avant tout contre le politique,
bien que dans ses catégories.
C’est
là tout le paradoxe d’une situation où
l’on a côte à côte une démocratie
représentative et un démocratie alternative
qui aspire à se penser politiquement sans politique
: ce divorce explique le titre de l’ouvrage, qui n’indique
pas une anti-démocratie mais ce phénomène
que l’auteur retrace dans la longue durée :
toute démocratie se définit par ses tensions
internes s’articulant entre le gouvernement électoral-représentatif
; l’activité contre-démocratique de
société et le travail du politique.
C’est
par le biais de ces trois voies, de la surveillance, de
l’empêchement, et du contrôle juridictionnel,
que l’activité critique de l’espace public
s’exerce : il joue donc un rôle structurant
dans la vie démocratique. L’analyse de ces
trois modes d’activité critique s’avère
très féconde et permet à Pierre Rosanvallon de diagnostiquer
un profond délitement de notre démocratie. Mais ces prises de positions vis-à-vis de la situation actuelle s'accompagnent sans cesse d'un regard vers le passé: cette démarche, qu'avait déja utilisé l'auteur dans ses ouvrages précédents, apporte à son propos une profondeur que l'on rencontre rarement.
Par
exemple, le thème de l’empêchement (de
l’anglais ‘empeachment’) va conduire Rosanvallon
à une sévère critique de certains modes
d’ «obstruction systématique»
de la part de certains contestataires organisés,
qui se disent «contre» des décisions, dès l’instant qu’elles viennent du
politique, sans pour autant avoir de projets alternatifs,
dans un âge de la «désélection». Le trait propre des rebellions anciennes, nous
explique l’auteur, était de s’inscrire
sous un horizon politique qui leur conférait une
cohérence. Le «peuple-juge» ou «peuple-veto» peut donc entraver la «formulation
positive d’un monde commun» et donc en dernière
instance, faire le jeu du populisme.
Ce livre majeur ne se contente pas d’établir
un état des lieux mais a aussi une valeur programmatique,
plaidant pour de nouveaux modes de structuration non-partisans,
ce qui suppose une forte repolitisation de la société
par la reconstitution d'un monde commun, pour éviter
toute tendance à l’émiettement et à
l’éclatement.
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L’épreuve
des inégalités, sous la direction de
Hugues Lagrange, PUF, collection ‘Le lien social’,
378 p, 24 euros.
La «globalisation» impose de reformuler de
nouvelles politiques sociales pour que la justice sociale
ne reste pas un vain mot. C’est à quoi s’emploient
les chercheurs de l’OSC (Observatoire Sociologique
du Changement) dans cet ouvrage qui apporte une contribution
majeure au débat sur les inégalités.
Les
inégalités se sont creusées ces dernières
années sur trois fronts – l’égalité
des chances qui bat de l’aile avec notamment le développement
des clivages ethnoculturels , les politiques de logement
qui voient la ségrégation résidentielle
se renforcer, enfin l’affaiblissement des protections
sociales, les «avanies de l’Etat social»
(Lagrange).
Qu’est-ce
qu’une discipline ? Sous la direction de Jean
Boutier, Jean-Claude Passeron et Jacques Revel, éd.
des Hautes Etudes en Sciences Sociales, collection ‘Enquêtes’,
260 p, 24 euros.
Quelle est la signification des frontières tracées
par l’histoire entre les «disciplines »
scientifiques ? Quelle est l’utilité de leur
classification au sein d’ un système unifié
? Sûrement pas les mêmes selon que l’on
veut décrire l’identité sociale, l’identité
professionnelle ou l’identité épistémologique
des savoirs spécialisés, qui sont aujourd’hui
enseignés dans les universités ou catalogués
dans les institutions de recherche. Un ouvrage, à
la fois épistémologique et sociologique donc,
sur les changements profonds de l’histoire des sciences,
restructurée par la multiplication de ses fonctions
symboliques et économiques. |

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La
naissance du monde moderne,
de C.A. Bayly, éd. de l’Atelier, 2007, 15 euros.
Parution en format poche de l’ouvrage majeur du professeur Bayly, spécialiste de la colonisation à l’Université de Cambridge. La meilleure présentation de ce livre revient certainement à cet autre grand historien qu’est Eric Hobsbawm, auteur de la préface : «Peu nombreux sont les ouvrages historiques qui font instantanément date. Dans le domaine en rapide expansion de l’histoire mondialisée c’est pourtant le cas du livre de Bayly, et ce depuis sa parution originale en langue anglaise en 2003. Il n’est pas excessif de prétendre qu’il a transformé la nature même de sa période -le XIX siècle- et de son sujet. Désormais il constituera le point de départ obligé de tous les travaux sérieux et de tous les débats portant sur le monde moderne.»
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Entropia, Revue d’étude théorique et politique de la décroissance, n°1, automne 2006, éd. Parangon, 15 euros. Décroissance et Politique.
Voici venue la revue de la décroissance ! Il fallait signaler cette nouvelle venue, qui sera semestrielle. Elle se veut «le lieu d’expression privilégié de d’une pensée collective, naissante et qui s’élabore au fil du temps. Une pensée sur la crête des interrogations fondamentales de notre époque, pour l’amplification de la prise de conscience d’une situation sans précédent de la condition humaine, pour l’enrichissement de l’imaginaire théorique, poétique et de l’après–développement.» |

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Hérodote,
la revue de géographie et de géopolitique
dirigée par Yves Lacoste, n°123 ,éd.
La Découverte, 21 euros. Amérique Latine :
Nouvelle Géopolitique.
Hugo Chavez au Venezuela, Evo Morales en Bolivie, Michelle
Bachelet au Chili, Luis Ignacio Lula da Silva au Brésil,
Alan Garcia au Pérou, Nestor Kirchner en Argentine
: autant de chefs d’Etat latino-américains
qui se revendiquent désormais de gauche, version
sociale-démocrate ou populiste. Le temps du libéralisme
triomphant des années 1990 en Amérique Latine
semble dépassé.
Le modèle économique imposé par les
Américains des Etats-Unis est fortement rejeté,
au profit d’un nationalisme affirmé. Mais l’anti-impérialisme
radical prôné par Chavez risque de ne pas connaître
une plus grande réussite que le «projet des
Amériques» des années 1990.
Politique
étrangère, hiver
2006, éd. IFRI/Armand Colin, n°
anniversaire 1936-2006.
Un recueil d'articles historiques par de grandes signatures des Relations Internationales, autour des thèmes suivants :
Grands paradigmes et théories des relations internationales - Organisations et interventions internationales - Gouvernance internationale : entre justice et droit - Dimensions actuelles du militaire - Nouveaux enjeux de sécurité - Mondialisation et rapports Nord/Sud - Perspective énergétique et climats - Dynamiques démographiques - Poids des enjeux culturels et religieux - Mythologies de l'international |
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des Sciences Politiques
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